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Origine du nom "Afrique". 24/11/2006

Le nom « Afrique » proviendrait d'un nom de la tribu des Afridi qui vivait en Afrique du Nord dans la région de Carthage. L'autre étymologie veut qu'elle vienne du berbère Taferka « terre », « propriété terrienne ». Celui qui vit sur une terre est appelé Aferkiw, qui a donné africanus en latin dont le territoire correspond à la province romaine d'Afrique. Ce nom a donné en arabe إفريقيا ifrīqīyā qui désignait jadis l'actuelle Tunisie et aurait donné la désignation de l'Afrique dans son sens moderne par les nouveaux venus. D'autres théories voudraient que le mot descende du grec aphrike (« sans froid »), du latin aprica (« ensoleillé »), ou d'un autre terme latin africus (ventus) désignant en Campanie, le « vent pluvieux » en provenance de la région de Carthage, puisqu'à l'origine, les Romains nommaient uniquement « Afrique » cette partie nord du continent.

Afrique: les Etats. 24/11/2006

Les frontières des États de ce continent sont en grande partie issues de la colonisation, ce qui explique qu'elles ne prennent que peu en compte les réalités des populations. De même le regroupement des différents pays en sous-régions est utilisé plus dans un souci pratique que par vérité historique.

On distingue généralement l'Afrique du Nord, l'Afrique noire (appelée aussi l'Afrique sub-saharienne) et l'Afrique australe.

- L'Afrique du Nord, limitée au sud par le Sahara, est habitée par des populations à majorité arabe et berbère.
- L'Afrique sub-saharienne est elle-même subdivisée en trois sous régions : l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique de l'Est, l'Afrique centrale.
- L'Afrique australe jouit d'un climat tempéré.

Afrique du Nord

- l'Algérie
- Ceuta (ville espagnole sur la côte marocaine)
- le Maroc
- Melilla (ville espagnole sur la côte marocaine)
- la Tunisie
- les Canaries (communauté autonome d'Espagne)
- l'Égypte
- la Libye

Afrique occidentale (ou Afrique de l'Ouest)

- le Bénin
- le Burkina Faso
- le Cap-Vert
- Côte d'Ivoire
- Gambie
- Ghana
- la Guinée
- la Guinée-Bissau
- le Libéria
- le Mali
- la Mauritanie
- le Niger
- le Nigeria
- le Sénégal
- la Sierra Leone
- le Togo

Afrique centrale

- le Cameroun
- la République centrafricaine
- la République du Congo (Brazzaville)
- la République démocratique du Congo (Kinshasa)
- le Gabon
- la Guinée équatoriale
- São Tomé-et-Príncipe
- le Tchad

Afrique orientale

- le Burundi
- les Comores
- le Kenya
- Mayotte (collectivité départementale à statut particulier de France)
- l'Ouganda
- le Rwanda
- les Seychelles
- le Soudan
- la Tanzanie
- Djibouti
- l'Érythrée
- l'Éthiopie
- la Somalie

Afrique australe

- l'Afrique du Sud
- l'Angola
- le Botswana
- le Lesotho
- Madagascar
- le Malawi
- Maurice
- le Mozambique
- la Namibie
- la Réunion (région administrative et département français)
- le Swaziland
- la Zambie
- le Zimbabwe

Un peu d'histoire... 25/11/2006

.Les archéologues et les paléontologues sont arrivés à la certitude que l'humanité est née en Afrique.
De l'australopithèque qui vivait il y a plus de 5 millions d'années jusqu' à l'Homo sapiens, notre véritable ancêtre apparu entre -200 000 et -100 000 ans, toute l'évolution de notre espèce est restituée par les vestiges humains ou préhominiens retrouvés sur le continent noir.
C'est au néolithique (-10 000 ans), période qui voit le passage de la cueillette à l'agriculture et de la chasse à l'élevage, que se met en place le peuplement actuel de l'Afrique.
En 5 000 ans avant J.-C., des civilisations perfectionnées voient le jour en Nubie, dans la vallée du Nil, et s'étendent progressivement aux plateaux éthiopiens, au Tchad et au Niger.
Le Sahara préhistorique, qui connaît alors une période humide, est un important carrefour de populations. Il commence à se dessécher un millénaire plus tard et constitue désormais un obstacle aux relations entre l'Afrique tropicale et le nord du continent. Ce dernier tombera successivement dans l'orbite des grands empires égyptien, perse, grec, romain, byzantin, puis arabe et turc.

Les Égyptiens ont en effet créé l'une des plus précoces, des plus brillantes et des plus durables civilisations, de 3000 avant J.-C. à la conquête perse en 525 avant J.-C. Cette civilisation s'étendit à l'est jusqu'en Syrie et au sud jusqu'à la Nubie à laquelle elle emprunta de nombreux traits négro-africains.
La navigation maritime s'était développée en Méditerranée et les Phéniciens fondèrent vers 1200 avant J.-C. la ville de Carthage (près du site actuel de Tunis) qui exercera plusieurs siècles durant son hégémonie de la Cyrénaïque au Maroc. Carthage tombera sous les coups de Rome (200 avant J.-C.), laquelle assoira ainsi son emprise sur l'Afrique du Nord pour quelques cinq siècles.

Le christianisme se répand alors en Egypte, en Nubie, en Abyssinie. Mais l'islam et la civilisation arabe déferlent bientôt sur l'Egypte (VIIème siècle ), atteignent le Maroc et la Corne de l'Afrique au VIIIème siècle. Les colonies musulmanes se multiplient dès cette époque le long de la côte de l'océan Indien où un vaste commerce esclavagiste s'organise à partir notamment de Zanzibar.
Au XIème siècle, l'islam franchit le Sahara et gagne les grands centres commerciaux du Soudan. La Nubie et le Haut-Nil s'y convertiront beaucoup plus tard et le christianisme ne se maintiendra qu'en Abyssinie.
L'évolution de l'Afrique noire à l'époque antique est beaucoup moins bien connue. Le phénomène le plus marquant est celui de la lente et régulière migration des peuples noirs vers le c½ur puis le sud du continent. La mise en place du peuplement bantou se fera ainsi depuis le début de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XVème siècle. Partis de la région du lac Tchad, des groupes parviennent en Afrique congolaise et rhodésienne où ils s'organisent en confédérations et en Etats.
La grande île de Madagascar était probablement déserte avant l'arrivée, il y a près de 2000 ans, de populations indonésiennes dont la langue et les coutumes s'imposèrent définitivement.
Les premiers Etats soudanais naissent de la rencontre de pasteurs berbères et d'agriculteurs noirs.
L'intensification des échanges avec le Maghreb assure dès le VIIIème siècle la prospérité du Ghana qui contrôle le commerce de l'or et du sel. Dans la seconde moitié du XIème siècle, il est cependant submergé par les conquérants almoravides qui, partis de Mauritanie, étendront leur domination sur tout le nord-ouest du continent. Il perd toute influence dès le XIIème siècle, avant d'être englobé au XIIIème dans l'Empire du Mali.
Les progrès de l'islam avaient favorisé la constitution de plusieurs autres grands États comme le Kanem-Bornou, le Tekrour et les royaumes haoussas entre le Niger et le Tchad, dont la fortune reposait en grande partie sur le commerce des esclaves.
Le déclin du Mali à la fin du XIVème siècle profite à l'État songhaï, dont le centre est à Gao, qui affirmera à son tour, deux siècles durant, sa suprématie dans la région sahélo-soudanaise.
Dans les régions de forêt guinéenne où les peuples des savanes avaient progressé, les premiers royaumes se seraient constitués dès le XIème siècle dans le sud-ouest du Nigeria actuel (Ifé), puis au XIIème siècle en Côte de l'Or et sur la Volta noire (Bono). Au XVème siècle, une civilisation originale florissait au royaume de Bénin.
L'expansion des Bantous avait permis l'émergence de plusieurs grands Etats, notamment le royaume de Kongo, au nord-ouest de l'Angola, le royaume louba et, plus au sud encore, le prestigieux royaume shona de Monomotapa dont l'apogée se situe au XVème siècle et dont les imposantes ruines de Zimbabwe attestent le niveau d'organisation et de prospérité.
Au début du XVIème siècle, à l'est, la migration des Gallas, nomades venus du lac Rodolphe, précipite le déclin de l'Empire éthiopien, tandis qu'au sud, les États bantous sont affaiblis par les attaques répétées des Héréros.
En 1591, une expédition marocaine détruit l'Empire songhaï et conquiert une bonne partie du Soudan, cependant, les États haoussas et mossis et surtout le Bornou parviendront à se maintenir jusqu'au XIXème siècle.

L'Afrique noire, divisée par les conflits politiques, militaires et tribaux, cède alors aux pénétrations étrangères que les Portugais avaient inaugurées dès le XVème siècle en établissant leurs premiers comptoirs le long du golfe de Guinée.
Dans la première moitié du XVIème siècle, la traite des esclaves vers l'Amérique avec ses terribles effets allait s'ajouter à celle qui sévissait depuis longtemps vers l'Afrique du Nord, du Nord-Est et de l'Est à destination du monde islamique. Ensemble, elles ont drainé sans doute plus de 20 millions d'êtres humains et ont contribué pour une part à la stagnation démographique et économique de l'Afrique noire.
Le triomphe rapide de l'islam avait eu pour effet de rattacher de façon durable le nord du continent au monde oriental. La désagrégation de l'Empire arabe à partir du Xème siècle laisse le champ libre aux Turcs (Empire ottoman) qui unifient à leur profit la quasi-totalité de l'Afrique du Nord, de l'Algérie à l'Érythrée, au XVIème siècle.
Au XVIIème siècle, le commerce des esclaves favorise l'émergence, près de la côte du golfe de Guinée, d'États organisés et prospères comme la confédération ashantie, le Dahomey et le royaume d'Oyo.
Au Sahel, des entités politiques plus modestes (Mossis, Bambaras, Peuls et Toucouleurs du Sénégal et du Fouta Djalon) se font et se défont et coexisteront jusqu'à la colonisation.
Le réveil africain est annoncé en 1804 par l'émancipation de l'Égypte où Mehemet Ali rejette l'autorité turque et s'empare (1820-1830) du Soudan nilotique.
En Afrique de l'Ouest, les Peuls poursuivent leur expansion politico-religieuse avec la constitution du Sokoto et du Macina. El Hadj Omar fonde l'Empire Toucouleur du Niger (1850-1890) et Samory Touré se taille un État en Guinée entre 1870 et 1898.
Au sud du Congo démocratique actuel, les royaumes de Kouba, Louba et Lunda connaissent une grande prospérité, tandis que Chaka, au début du XIXème siècle, constitue, en société militaire, la nation zouloue qui soumet ses voisines.
A Madagascar, la reine Andrianampoinimerina unifie le pays autour du peuple mérina et, pendant ce temps en Ethiopie, les empereurs Théodoros et Ménélik parviennent à préserver leur pays des menaces de conquête coloniale.
Jusqu'en 1850, les tentatives de colonisation européenne en Afrique noire sont isolées : Français au Sénégal, Anglais en Gambie, en Sierra Leone, et en Côte de l'Or, Portugais en Angola et au Mozambique. Au nord et au sud, cependant, d'importantes colonies de peuplement se sont formées.
En Afrique du Sud, des Hollandais se sont établis dès le XVIIème siècle dans la région du Cap, à laquelle l'Angleterre impose son autorité en 1814. Alger est prise en 1830 par les Français, qui achèvent la conquête de l'Algérie en 1857.

Ce n'est que dans la seconde moitié du XIXème siècle que les explorateurs européens se hasardent jusqu'au coeur de l'Afrique.
Le continent devient alors l'enjeu d'une âpre compétition entre les puissances européennes.
La conférence de Berlin, en 1885, conduit à réglementer cette ruée en délimitant les zones d'influence coloniale.
À la veille de la Première Guerre mondiale, la quasi-totalité de l'Afrique était partagée entre la France, la Grande-Bretagne, le Portugal, la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie.
En 1918, les colonies allemandes passèrent sous contrôle anglais, français et belge.
Après 1945, l'Afrique suit le mouvement d'émancipation du monde arabe.
Le Maroc et la Tunisie obtiennent leur indépendance en 1956.
Du Ghana en 1957, le mouvement s'étend à toute l'Afrique occidentale et centrale en 1960, puis à l'Afrique orientale britannique.
Après la libération des territoires portugais en 1974-1975 et la création de la République de Namibie en 1990, l'Afrique s'est définitivement affranchie de la domination coloniale.

L'Arabie et l'Afrique noire : une histoire entachée par la traite orientale. 25/11/2006

Les traditions culturelles arabes découlent du nomadisme. Ainsi dans l'antiquité, les sémites sillonnaient inlassablement les terres désertiques et arides de l'Arabie pré-islamique à la recherche d'un point d'eau ou d'un lieu propice à la chasse, nous dit l'historien Mas Udi.

Comme le souligne le professeur Sawat Anis el Assiouty, l'esclavage était déjà en place dans cette Arabie préislamique où les captifs de guerre ont représenté les premiers esclaves. Puis vinrent les naissances d'enfants esclaves de mères esclaves. Les enfants suivaient alors leur mère dans sa captivité. A cela, il convient de rajouter la mise en servitude de débiteurs arabes insolvables.

Avec la mise en place des routes commerciales, les captifs étrangers vont progressivement faire leur apparition dans le monde sémitique. Les marchands d'esclaves apparaissent avec surtout un intérêt particulier pour les femmes étrangères à la peau claire qui sont vendus au prix fort aux riches propriétaires de harems. Abdullâh ibn Jud'ân, chef qurayshite fut par exemple l'un d'eux. Les esclaves hommes sont eux utilisés pour les guerres ou les travaux agricoles. Par exemple, parmi les mercenaires de Quraysh on en recense un certain nombre.

Le mode de vie nomade des sémites préislamiques était basé sur l'élevage de cheptels variés, des déplacements fréquents, des guerres ethniques et la convoitise des biens ou des terres d'autrui. Cette particularité a renforcé le statut familial du père de famille qui agit en maître absolu et a affaiblit le statut des femmes qui doivent se soumettre aux décisions des hommes de la famille.

Durant le Moyen Age, à l'époque carolingienne, des chrétiens européens vont effectuer de multiples razzias auprès des peuples européens de langue slave installés dans la majeure partie de l'Europe centrale et orientale, sur le motif qu'ils sont des Païens. Les rois saxons Henri l'Oiseleur et Otton Ier vont par exemple dès le Xème siècle participer activement à ces captures. Les prisonniers Slaves vont alors alimenter massivement un commerce prolifique entre Venise et l'empire arabe au sud de la Méditerranéenne.

Les commerçants chrétiens vénitiens vendaient massivement et sans état d'âmes, des esclaves Slaves (donc blancs) aux marchands arabes. Le "Quai des esclaves" à Venise, est d'ailleurs l'un des vestiges de cette période. C'est donc à ce moment que le mot latin "Slavus" désignant les Slaves, va être progressivement remplacé par le mot "Sclavus" d'où le mot "Esclave" pour désigner les Européens privés de liberté et considérés comme des "biens meubles" . Selon l'historien Jacques Heers, les Bulgares même n'échappaient pas non plus aux trafics d'esclaves occidentaux.

L'arrivée de Mahomet (SAW) ne va pas changer le point de vue des chefs Arabes sur l'esclave. Mieux, ils vont par la suite accommoder le texte avec leur vision du monde.

"Si notre sainte Loi autorise l'esclavage, elle exige que les esclaves soient traités avec un soin paternel ; ceux qui agissent contrairement à la Loi seront condamnés par Dieu".

Cet extrait tiré d'une lettre rédigée le 28 novembre 1849 (21 muharrem 1266) par le grand vizir Mustafa Rechid Pacah et destinée normalement au gouverneur de Tripoli, confirme bien la présence des modalités esclavagistes consignées dans le Coran. En fait, Mahomet (SAW) a constaté l'existence de l'atrocité de l'esclavage dans sa société d'origine et son désir était probablement de le supprimer progressivement. Comme le souligne le professeur Ibrahima Baba Baké, le Coran rappelle qu'émanciper un esclave est pour le croyant, un des actes les plus louables au point d'effacer les pêchés. Pour la Shariya : "Le pire des hommes est celui qui vend les hommes" disait le prophète qui légua le poste de premier Muezzin à un noir libre nommé Bilal.

Cependant, le Coran reste un reflet fidèle, des traditions sémitiques esclavagistes de son époque. Il admet l'inégalité de fait entre maître et esclave (Cf. XVI, 71) et donne des droits au maître sur son esclave (Cf. XXX, 28).

Dans plusieurs "hadith", Mahomet (SAW) rappelle l'obligation de traiter les esclaves en respectant leur dignité humaine et va même jusqu'à fustiger ceux qui se montrent cruels avec eux. L'esclave convertit devient certes sur le papier, un membre de la communauté religieuse comme dans les autres religions monothéistes mais reste dans les faits, à l'écart de la société et n'est pas considéré socialement. Il est privé de nombreux droits dans divers domaines (politiques, fiscal, social...).

Chose particulière, l'émancipation des esclaves peut être un excellent moyen d'expier ses pêchés. Certains vont donc en abuser. Un rapport de l'ambassadeur de France en Arabie Saoudite datant de 1955, nous apprend que des trafiquants d'esclaves de ce pays envoyaient encore des émissaires en Afrique noire qui se faisaient passer pour des missionnaires Arabes chargés par de riches musulmans désireux d'expier leurs péchés, d'offrir un voyage à la Mecque à des croyants africains peu fortunés. En fait de voyage à la Mecque, il s'agissait d'un traquenard. Une fois arrivé, les pèlerins africains étaient vite capturés et remis aux trafiquants d'esclaves.

Les conquêtes militaires arabes de grandes envergures ont commencé avec la mort du prophète (SAW). Quelques années après le mort de Mahomet (SAW) en 632, les Arabes conquièrent la Palestine en 634, la Syrie en 636 puis l'Egypte. Alexandrie dans le delta du Nil devient leur possession en 642 après 2 ans de résistance assidue. Conquérants alors de l'Egypte, ils décident d'attaquer la Nubie, le pays de l'or. Là, ils se retrouvent confrontés à une résistance imprévue de l'armée Nubienne. Ils vont donc ruser et dévoiler leur penchant pour les razzias et le trafic esclavagiste.

Al Maqrizi (803-871), un traditionaliste arabe, nous a légué des informations importantes sur cette fameuse ruse qui prend la forme d'un traité nommé "Baqt", passé avec le roi des Nubiens. C'est donc l'émir Abd Allah ben Sa'd qui se charge des négociations avec le roi nubien alors régnant sur un état chrétien indépendant. Ci-joint un extrait :

Article 1 : Traité accordé par l'émir Abd Allah ben Sa'd, au roi de Nubie et à tous ses sujets auxquels tous les Nubiens (...) depuis les frontières de Alwa, sont tenus de se conformer.

Article 2 : Abd Allah ben Sa'd leur accorde un acte de garantie et une Armistice qui les rend alliés de tous les musulmans, tant de ceux du Sa'id que des autres contrées et des peuples tributaires. Oh ! Peuple de Nubie, vous serez en sûreté sous la protection de Dieu et de son envoyé Muhammad. Nous nous engageons à ne point vous attaquer, à ne susciter contre vous aucune guerre et à ne point faire de razzias dans votre pays, tant que vous serez fidèles à observer les conditions stipulées entre vous et nous et dont voici le détail.

L'émir qui cherche manifestement à ramener la situation à son avantage, avoue par écrit que les siens effectuent déjà des razzias d'esclaves. Le texte poursuit :

Article 3 : (...) Si des esclaves appartenant à des musulmans se réfugient auprès de vous, vous ne les retiendrez point, mais vous les ferez conduire en territoire musulman. Ici, les choses se précisent.

Article 5 : Vous livrerez chaque année 360 esclaves des deux sexes qui seront choisis parmi les meilleurs de votre pays et envoyés à l'Imam des musulmans. Tous seront exempts de défauts. On ne présentera ni vieillard décrépis, ni vieilles femmes, ni enfants au-dessous de l'âge de la puberté. Vous les remettrez au gouverneur d'Assouan.

(...) Ecrit par Umar Ibn Sharahl, Ramadhan 31/642.

La pratique consistant à réclamer par écrit des esclaves ne fut pas employée que pour les Nubiens. On sait par exemple que les chefs de la région orientale de l'Iran, en se rendant aux Arabes en 652, furent contraint d'accepter la livraison annuelle aux chefs arabes de plus d'un millier de jeunes filles, portant chacune une coupe d'or. De même, les hommes appartenant aux tribus berbères d'Afrique du nord, se virent ordonner par Amr Ibn al-As la chose suivante : "Vous vendrez vos femmes et vos enfants pour payer la capitation pour vous-mêmes" (Cf. Baladhuri, Futuh).

Dès lors, l'Afrique noire va en découdre avec les Chefs Arabes qui convoiteront les terres, la population africaine pour la mettre en captivité et l'or. Comme nous le redit l'historien Ibrahima Baba Kaké :

"L'Afrique noire, pour le Maghreb, était un Eldorado, le pays de l'or. C'est du moins ainsi que les premiers auteurs maghrébins ou arabes présentaient le Bilad-es-Sudan à leurs coreligionnaires du nord. Aussi très tôt les souverains maghrébins s'intéressaient-ils à la possession de cet or. La diffusion de l'islam n'était qu'un prétexte : le but essentiel de l'expansion musulmane en Afrique était la recherche de l'or. Voilà pourquoi les premiers "missionnaires" de l'islam qui se présentèrent aux portes du monde noir furent des missionnaires armés".

Les Arabes comptaient dans leurs rangs des bataillons armés (ex. les Almoravides) qui n'avaient que faire des discussions pacifiques. Une lettre adressée au sultan d'Egypte en 794 après l'hégire (soit vers 1391-1392) par le roi africain de Bornou (nord du Nigéria), illustre pour nous ce rapport le force mis en place par les Arabes. En dépit du fait que son royaume s'était converti à l'islam et que lui-même avait carrément fait remonter, par une pirouette généalogique, la fondation de son royaume à un membre de la tribu de Quraych qui était celle de Mahomet, ses sujets avaient été quand même attaqués, capturés et emmenés de force en captivité. Le roi de cette région du Nigéria demanda alors au sultan de faire en sorte que ses sujets, tous musulmans, soient libérés sur le champ et reconduits chez eux.

Ci-joint un extrait de ce courrier :

"Les tribus arabes "ont dévasté tout notre pays, tout le pays Bornou (...) Ils ont fait prisonniers des gens libres parmi les nôtres, ceux de notre souche parmi les musulmans (...) Ils ont pris nos gens comme une marchandise (Cf. Al Qalqashandi, Subh al'A'sha, volume 8, le Caire) ".

Naturellement, le sultan ni contraint et forcé par une quelconque armée africaine, fit naturellement la sourde oreille. Le royaume de Songhaï fut détruit en 1593 par les Marocains. Une grande partie de l'intelligentsia noire siégeant à Gao, capitale de l'empire, fut déportée à Marrakech ou enterrée dans une fosse commune. On vit donc germer dans l'empire musulman, des équivalents du "Code Noir" de Colbert, qui s'adressait à tous les types d'esclaves (noirs, blancs, indiens, etc...). Les lettres de Bengahzi concernant le trafic d'esclaves rédigées en 1875 et les "Instructions concernant le trafic d'esclaves " sont des exemples parmi d'autres.

La traite négrière arabe, il faut l'avouer, porta un sérieux préjudice au continent. On estime à 7 millions, le nombre de personnes victimes de ce trafic entre 650 et 1920.

Introduction sur l'esclavage. 25/11/2006

Les premiers esclaves africains furent amenés en Europe en 1442.
Un demi-siècle plus tard, Christophe Colomb découvrait l'Amérique, et des bateaux chargés d'esclaves se mirent à faire la navette, sur l'Atlantique, entre l'Afrique et l'Amérique...

Le temps passait, les années constituaient des décennies, les décennies des siècles, les siècles se succédaient. La Russie s'était arrachée au joug tatare, Giordano Bruno avait été brûlé sur la place des Fleurs, Léonard de Vinci, Raphaël et Shakespeare s'étaient fait connaître au monde, la tumultueuse époque de Pierre-le-Grand avait pris fin, l'étoile de Napoléon s'était levée puis éteinte, le Manifeste abrogeant le servage en Russie avait été signé, Konstantine Tsiolkovski, fondateur de la théorie moderne de la cosmonautique, était né, mais des navires chargés d'esclaves continuaient à circuler entre les côtes de l'Afrique et celles du Nouveau Monde.
Le trafic des esclaves s'est poursuivi durant plus de quatre siècles. De génération en génération, on choisissait pour les vendre les Africains les plus sains et les plus forts, on les transportait par-delà l'océan par centaines et centaines de milliers. A la suite de cette migration d'une ampleur sans précédent vers le Nouveau Monde, qui s'effectua sous la violence et par contrainte, une nouvelle race s'y est pratiquement implantée, comptant au moins 10 à 12 millions d'hommes. Actuellement, rien qu'aux Etats-Unis, les descendants de ces esclaves se chiffrent à 25 millions d'hommes, et dans les Indes occidentales britanniques, chez huit habitants sur dix, on trouvera une part de sang africain.
Karl Marx range la traite des Noirs parmi les moments essentiels de l'accumulation primitive. «La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore» [7, p. 718].
Dans chaque colonie on prenait ce qui, à la période présente, procurait le maximum de profit. Un flot de pierres précieuses et de métaux précieux, arrosés du sang des Indiens, déferlait d'Amérique en Europe. On importait des pays d'Orient les épices, l'or, les pierres précieuses. Il s'est avéré qu'en Afrique, la marchandise la plus avantageuse a été les esclaves. Voilà pourquoi les premiers siècles de colonialisme en Afrique ont surtout été liés non pas à l'annexion de territoires ou au pillage de la population, comme cela s'est passé dans le Nouveau Monde et dans les pays d'Asie, mais à l'exportation des esclaves.
C'est ainsi que le rôle de l'Afrique dans la division mondiale du travail à la période de l'accumulation primitive fut de servir de réserve inépuisable de main-d'œuvre pour le travail dans les plantations et les mines du Nouveau Monde.
Les esclaves noirs ont été les créateurs des colonies prospères que les pays d'Europe ont acquises aux Indes occidentales, ce sont eux également qui insufflèrent la vie aux mines et aux plantations du Brésil, de Cuba, de Haïti. Le puissant empire du «coton roi», dans le Sud des Etats-Unis, n'a existé que grâce aux esclaves noirs qui travaillaient dans les plantations. La rapide poussée de certaines villes d'Europe et d'Amérique, comme Liverpool, Bristol, Nantes, New York, la Nouvelle-Orléans, Rio de Janeiro et bien d'autres, a été le résultat de leur participation à la traite des Noirs.
Les hommes d'affaires européens et américains faisaient fortune en troquant, en Afrique, des marchandises contre des esclaves et ils retiraient des profits encore plus importants de la vente des Noirs dans les Indes occidentales et en Amérique. Les produits des plantations: coton, canne à sucre, tabac et autres marchandises étaient expédiés en Europe où ils servaient de matières premières à l'industrie en développement. La vente des produits coloniaux en Europe était source de nouveaux profits pour les négociants et marchands d'esclaves. C'était justement ce qu'on appelle le trafic triangulaire (Europe-Afrique-Indes occidentales ou Amérique-Europe) qui rapportait des bénéfices fabuleux tant aux marchands d'esclaves et planteurs qu'aux entrepreneurs européens et américains.
Quant à l'Afrique, le trafic des esclaves ne lui a apporté que guerres et dévastations, pillages et violences. Les pertes en hommes, impossibles à évaluer, ont entravé le développement des forces productives du continent. Le terrible héritage de la traite des Noirs, le racisme à l'égard des Africains que l'on considérait comme une race de «second ordre» par rapport aux Européens, existe toujours.
L'histoire de la traite négrière peut être divisée en trois grandes périodes, la première allant du milieu du XVe siècle, lorsque les navigateurs portugais firent leur apparition sur les côtes d'Afrique occidentale, jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Au XVe siècle et jusqu'en 1510, les esclaves étaient acheminés en Europe. Avec la création de colonies espagnoles aux Indes occidentales après 1510, commence l'exportation d'esclaves africains vers le Nouveau Monde. Durant toute cette première période, le transfert des esclaves depuis l'Afrique, tout en devenant plus important chaque année, demeure assez réduit, car le système de la traite des Noirs ne s'était pas encore constitué. Les esclaves sont presque exclusivement emmenés depuis la côte occidentale d'Afrique.
A partir du milieu du XVIIe siècle, l'essor du capitalisme a entraîné une extension des plantations aux Indes occidentales et en Amérique. L'importation d'esclaves africains dans les colonies américaines a brusquement augmenté et un système d'esclavage des plantations s'est progressivement formé. C'est là le début de la seconde période de la traite des Noirs, qui s'est prolongée formellement jusqu'en 1807-1808, moment où le trafic des esclaves fut officiellement interdit par l'Angleterre et les Etats-Unis, les plus grandes puissances pratiquant le commerce des esclaves à l'époque. De fait, la seconde période a pris fin dans les années 80 du XVIIIe siècle, lorsque a débuté la révolution française. Cette période et, surtout le XVIIIe siècle, est celle d'une traite des Noirs libre, sans restrictions aucunes. Les grandes compagnies commerciales et des négociants entreprenants frétaient alors dans presque tous les pays d'Europe des navires qui devaient ramener des esclaves. A la fin du XVIIe siècle s amorça un commerce d'esclaves régulier des colonies anglaises d'Amérique du Nord, les futurs Etats-Unis. C'est surtout d'Afrique occidentale que l'on ramenait des esclaves aux XVIIe et XVIIIe siècles, le nombre d'esclaves transportés d'Afrique orientale en Europe et en Amérique était peu important.
La troisième période de la traite des Noirs, après son interdiction par l'Angleterre et les Etats-Unis, est celle où le trafic s'effectue en contrebande. Au XIXe siècle, la quantité d'esclaves acheminés n'a pas été inférieure à celle des siècles précédents, et même parfois supérieure, on les achetait en Afrique occidentale et en Afrique orientale.
La traite des Noirs atlantique s'est achevée vers les années 70 du XIXe siècle. Ce n'est pas parce que l'Angleterre et d'autres pays capitalistes l'ont combattue qu'elle a pris fin. A cette époque, la victoire remportée par les troupes du Nord dans la Guerre de Sécession aux Etats-Unis avait fait disparaître le plus grand marché d'esclaves du Nouveau Monde, tandis que les conquêtes coloniales débutaient, rendant impossible l'acheminement d'esclaves d'Afrique. La lutte contre le trafic d'esclaves, la conclusion d'accords sur l'interdiction de la traite négrière avec les chefs africains ont été mises à profit par les colonisateurs lors du partage du continent qui commençait. C'est ainsi que la fin du commerce d'esclaves à destination de l'Europe et de l'Amérique a coïncidé avec l'aube de l'ère du partage colonial de l'Afrique.
Bientôt, lorsque des colonies commencèrent à se constituer en Afrique orientale, les Européens s'efforcèrent de combattre aussi le trafic d'esclaves arabe. De même que sur la côte occidentale, la lutte contre le commerce arabe fut mise à profit par les conquérants européens. En 1890, à la Conférence internationale de Bruxelles, un Acte général de lutte contre le commerce des esclaves était signe. On peut estimer que cette année clôture l'époque du trafic des esclaves pour l'Afrique.
Bien que cette époque s'éloigne dans le passé, on continue à l'étudier et à s'y intéresser toujours davantage. Cela s'explique par l'attention manifestée par les Africains pour leur histoire, par le rôle croissant de l'Afrique dans les relations internationales et un intérêt de plus en plus soutenu pour leur passé, pour leurs ancêtres africains de la part des Afro-Américains, descendants des esclaves noirs, amenés jadis en Amérique.

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