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La résistance des Africains. 25/11/2006

Quelle était l'attitude des Africains eux-mêmes envers le commerce des esclaves?
L'attitude des Africains en la matière est un thème encore très peu étudié mais que l'on a déjà falsifié à maintes reprises. Les négriers et les racistes l'ont falsifié à l'époque et, de nos jours, cela a été le tour des historiens bourgeois d'orientation coloniale et néo-coloniale. C'est un thème complexe, et il nous semble que les africanistes ne disposent pas encore de matériaux suffisants pour procéder à son étude définitive.
Comme beaucoup d'autres régions du globe, l'Afrique a connu l'esclavage et la traite des Noirs avant la venue des Européens, nous l'avons déjà précisé dans cet ouvrage. C'est pourquoi, lorsque, au début, les Européens commencèrent à acheter des esclaves, entrant en relations commerciales avec les Africains, cela fut considéré comme un arrangement commercial ordinaire.
Cependant, dès le début, les rencontres entre Européens et Africains furent rarement amicales. Des matelots armés se jetaient sur les Africains venant en confiance ou avec crainte à la rencontre de ces hommes blancs qu'ils n'avaient jamais vus, ils tuaient ceux qui résistaient et emmenaient les autres, ligotés, sur leur vaisseau.

Malgré une évidente supériorité en armement, les colonisateurs ne purent briser les Africains, leur inspirer une crainte permanente. Le "télégraphe local", c'est-à-dire les signaux de fumée ou les tam-tam, annonçait peut-être l'apparition des terribles étrangers, mais le fait est qu'ils se heurtèrent de plus en plus souvent non à une résistance, parce qu'une résistance ouverte aux Portugais équipés d'armes à feu était impossible, mais à une hostilité permanente et quotidienne, quand la moindre possibilité était mise à profit pour les attaquer. Les attaques soudaines, les flèches empoisonnées accueillaient de plus en plus fréquemment les Européens.
Gonçalo de Cintra, un des premiers capitaines portugais ayant mis le pied sur le sol d'Afrique occidentale, fut tué aux abords de l'île d'Arguin.
En 1455, Luigi di Cadamosto et Antonio Uso di Mare, qui avaient atteint la Gambie pour la première fois, décidèrent de remonter le fleuve. Cependant, les Africains attaquèrent leurs navires avec une telle furie que les matelots refusèrent de poursuivre leur route et insistèrent pour qu'on rebrousse chemin.

Dans les conditions de la réalité africaine des XVe-XVIIe siècles, il ne pouvait se produire de grandes révoltes, bien organisées, contre les Européens. Dans les régions où ces derniers pénétraient et qui devinrent par la suite l'aire d'extension du commerce des esclaves, il n'existait presque pas de grandes formations étatiques. La politique des colonisateurs tendait à semer la discorde entre les chefs des différentes tribus. Les Européens avaient derrière eux les pays les plus avancés de leur temps, avec leur matériel et leur expérience militaire. Au début, l'Afrique ne pouvait opposer aux armes à feu européennes que des arcs et des flèches, de petits détachements de guerriers de tribus isolées.
Cherchant à se fixer sur la côte, les colonisateurs, devant la résistance opiniâtre des Africains, construisaient en hâte des fortifications pour se préserver des attaques des habitants de la région.

Ce n'étaient pas des constructions de fortune, bâties à la va-vite, il s'agissait de châteaux forts ayant de hautes murailles et dotés d'une quantité de pièces d'artillerie. Ces places fortes appartenaient à différents pays dont les représentants commerciaux étaient très souvent en mauvais rapports les uns avec les autres. Ces forts ne pouvaient défendre les Européens contre les autres Blancs: les boulets de canon passaient facilement au-dessus des murailles, comme le constataient les contemporains. Il est évident que, dès le début, ces forts furent construits dans le seul but de se protéger contre les habitants du pays.
Les premiers temps, les Européens réussirent presque toujours à repousser les assaillants. Mais lorsque les Africains apprirent à manier les armes à feu qui leur inspirèrent tout d'abord une peur panique, ils réussirent parfois, en dépit d'une résistance furieuse des colonisateurs, à prendre les forts et à incendier les factoreries. C'est ce qui arriva souvent dans la seconde moitié du XVIIe siècle.
Dans les publications étrangères consacrées au commerce des esclaves, on explique d'ordinaire les attaques dont faisaient l'objet les forts et les factoreries par la soi-disant férocité des Africains et leur goût du pillage. Parfois, leur hostilité était mise sur le compte de la politique des colonisateurs qui cherchaient à porter le maximum de tort à leurs rivaux, d'abord commerciaux, puis coloniaux, en se servant des habitants de la région.
Il est certain que la politique basée sur le principe "diviser pour régner" influençait les actes des Africains, mais expliquer leurs attaques contre les Européens en invoquant seulement cela revient à minimiser très fortement la lutte des Africains. Ces actions s'expliquaient, au premier chef, par la haine des envahisseurs.
La lutte contre les conquérants et colonisateurs européens s'est surtout déployée dans la période précédant le XVIIIe siècle qui fut, pour l'Afrique, le siècle de la traite des Noirs. Durant cette période, l'ensemble de la politique des Européens en Afrique occidentale fut conditionné par ce commerce. C'est pourquoi la résistance des Africains au XVIIIe siècle aurait dû être dirigée contre les négriers. Or, aussi paradoxal que cela puisse sembler à première vue, il n'y a pas eu, en Afrique, de révolte dirigée contre le commerce des esclaves. Jusqu'à maintenant, tout au moins, nous ne disposons d'aucuns renseignements sur de semblables actions.
Entre-temps, et nous en avons de nombreux témoignages, les révoltes d'esclaves étaient très fréquentes pendant le voyage à travers l'Atlantique et n'en finissaient pas, également, dans les colonies du Nouveau Monde. La conclusion qu'en tiraient les historiens bourgeois, fort connue et toujours appuyée par les négriers et les colonialistes, était la suivante: les Africains connaissaient l'esclavage depuis longtemps, et c'était devenu pour eux une condition habituelle, ils ne protestaient pas contre cela. Voilà pourquoi il n'y avait pas de révoltes d'esclaves en Afrique. Sur les navires et dans les plantations du Nouveau Monde, les Africains étaient traités très cruellement, c'est pourqoui ils se révoltaient et s'évadaient à la première occasion. Ils prenaient la fuite non parce qu'ils ne voulaient pas être esclaves, mais parce qu'ils ne supportaient pas d'être cruellement traités, affirmaient les partisans de la traite des Noirs. "Traitez mieux les esclaves africains, et il n'y aura plus de révoltes", répétaient ceux qui prenaient la défense du commerce des esclaves. D'autre part, démontrant qu'il était souhaitable que la traite atlantique continue, ces mêmes gens déclaraient que l'exportation des Africains hors de leur pays est un bien pour eux du fait que, soi-disant, l'esclavage en Afrique est beaucoup plus terrible que dans le Nouveau Monde, que les captifs ont une vie bien meilleure dans les plantations d'Amérique et des Indes occidentales que chez eux. Curieusement, on n'a encore jamais confronté la première et la seconde affirmation des marchands d'esclaves. Se basant sur elles, on aurait pu s'attendre à de fréquentes révoltes contre la traite des Noirs en Afrique, mais il n'en fut rien.
Comment se fait-il, tout de même, qu'il n'y ait pas eu lutte contre la traite des Noirs par les Européens sur l'Atlantique, mais seulement une résistance d'esclaves isolés, qui cherchèrent à se sauver eux-mêmes et à sauver leur famille de la réduction en esclavage? Pourquoi ceux qui réussissaient à fuir les caravanes d'esclaves ne pouvaient-ils généralement pas compter sur l'aide des habitants de la région, espérer qu'on les cacherait et les aiderait à regagner leur pays? Si quelqu'un rencontrait un esclave en fuite, il vendait presque toujours ce fuyard à un négrier européen ou à un marchand africain.
Pour comprendre cet état de choses, il faut se représenter la réalité africaine du XVIIIe siècle, essayer de comprendre la mentalité de ces hommes qui, depuis plus de deux cents ans, vivaient dans les conditions du désordre dépravant de la traite des Noirs.
La durée de ce trafic en a fait quelque chose d'habituel pour les Africains, et sa cruauté était acceptée comme inhérente au phénomène. Les gens en avaient fait leur profession, c'était une source permanente de revenus. Toute personne volée, enlevée, plus faible que soi, pouvait apporter un profit concret et immédiat: des marchandises, des armes, du vin.
A cette époque, l'activité la plus avantageuse n'était pas un travail productif mais la chasse à l'homme, les guerres qui avaient pour but de faire des prisonniers afin de les vendre.

Personne ne voulait être une victime et c'est pourquoi tous cherchaient à devenir des chasseurs. Pour ne pas être réduit en esclavage en Afrique à cette période, il fallait devenir soi-même un marchand d'esclaves, vendre les autres et se rappeler constamment que quelqu'un d'autre, plus habile et plus chanceux, pouvait se saisir de toi à n'importe quel moment et te vendre comme esclave aux Européens.
La traite des Noirs a été à l'origine d'une horrible dévaluation de la vie humaine. Elle a entraîné une dégradation morale, la disparition des plus belles qualités humaines, une déformation de la mentalité, la dégradation morale des marchands d'esclaves comme des captifs eux-mêmes.
Elle n'a pas rassemblé les hommes mais les a divisés, les a isolés, elle a été cause d'un incroyable isolement d'une tribu par rapport aux autres, d'un individu par rapport aux autres. Chacun essayait de se sauver soi-même, ainsi que de sauver ses parents les plus proches, sans penser aux autres.
Il n'existe malheureusement presque pas de documents pouvant relater comment se comportaient les différents groupes humains réduits en esclavage. Certains n'avaient pas le courage de lutter ouvertement, mouraient de nostalgie, se suicidaient ou bien travaillaient, attendant la mort avec indifférence. Outre un traitement cruel, il y avait encore le mal du pays, une nostalgie irréductible. Qui étaient ces hommes? Certains étaient des traîtres, ils devenaient les surveillants de leurs compagnons d'infortune. Qui étaient-ils? A quelle couche sociale appartenaient-ils?
Nous savons que la résistance à la traite des Noirs, aux enlèvements de captifs a existé en Afrique: les gens s'évadaient des caravanes d'esclaves, ils opposaient une résistance au moment du chargement dans les navires. Des voyageurs ont rapporté qu'ils avaient vu des villages entourés de palissades de bois très hautes, capables de protéger contre les raids des chasseurs d'esclaves. Mais si nous avons des renseignements sur les évasions dans les caravanes d'esclaves, il n'existe pas de récits attestant que les fuyards avaient réussi à revenir chez eux. Les témoins ont déclaré que ces gens avaient à nouveau été capturés en cours de route et vendus aux négriers.
On châtiait cruellement les esclaves en fuite dans le Nouveau Monde, mais il y a quand même eu des nègres marron à la Jamaïque et à Cuba, des villages d'esclaves en fuite au Brésil, des centaines de révoltes aux Etats-Unis. Pourquoi ces gens, qui ne s'opposaient pas ouvertement à la traite des Noirs en Afrique, se révoltaient-ils dans le Nouveau Monde? Le contraire aurait été plus logique. La cruauté des planteurs était-elle la seule cause des évasions et des révoltes? Probablement, non. Il se pourrait que l'absence de révoltes contre la traite des Noirs en Afrique et de fréquentes insurrections d'esclaves dans le Nouveau Monde témoignent, en premier lieu, du degré de développement du commerce des esclaves en Afrique, du fait aussi qu'il était beaucoup plus répandu et que ses conséquences étaient bien plus profondes que nous ne l'imaginons.
Dans les pays du Nouveau Monde se révoltaient avant tout contre l'esclavage les Africains qui furent toujours contre la traite des Noirs. Les révoltes des captifs africains en Amérique et aux Indes occidentales attestent et prouvent que beaucoup d'Africains étaient opposés au trafic des esclaves et protestaient contre l'esclavage. Or, en Afrique, ils ne pouvaient agir contre cela, car s'ils préparaient seulement de semblables actions ou en parlaient, on les vendait aussitôt aux négriers européens ou les tuait. Il n'y avait pas d'endroit sur ce continent où l'on pût fuir le commerce de chair humaine. Et c'est bien pour cela que jusqu'à maintenant nous ne connaissons pas une seule grande révolte, dirigée contre ce trafic. Les Africains se contentaient parfois de se défendre mais ne passaient jamais à l'offensive contre les négriers. La résistance active fut presque toujours le courage insufflé par le désespoir des quelques individus, généralement voué à l'échec.
Par ailleurs sont absolument fausses les affirmations selon lesquelles les Africains ne protestaient pas contre l'état d'esclave du fait qu'il leur était habituel. Bien au contraire, du moment de leur capture sur le sol natal et jusqu'à la fin de leur vie dans les plantations des Indes occidentales et d'Amérique, les Africains ne cessaient de lutter pour recouvrer la liberté. Fort souvent, ils préféraient la mort à l'esclavage lorsqu'ils voyaient qu'il n'y avait aucun espoir de se libérer.
Dans les caravanes, les esclaves avaient les mains liées, ils étaient attachés par le cou et escortés de gardes armés jus-qu' aux dents, de négriers. Et, en dépit de cela ils tentaient de fuir à la moindre occasion favorable.
Les marchands s'efforçaient de ne pas garder longtemps chez eux les esclaves capturés, ils craignaient des révoltes, des évasions. Les factoreries étaient bien protégées: des canons pointaient sur les murailles dont une partie était tournée vers l'intérieur et visait les baraquements des esclaves: ces derniers se révoltaient souvent.
Les négriers estimaient que les esclaves essayaient le plus souvent de fuir au moment du transport depuis la côte jusqu'au navire. Jusque-là, ils ne s'étaient pas représentés leur sort futur et croyaient qu'on allait les vendre dans leur propre pays. Pourtant, c'est là que la lutte était inutile, car les négriers surveillaient les Africains avec un soin particulier durant cette opération. Les esclaves enchafnés se jetaient sur les matelots et les gardes, ils sautaient à la mer, mais les chaînes ne leur permettaient pas de nager et ils se noyaient. Comme l'ont écrit des témoins oculaires, si un Noir qui s'était jeté à l'eau voyait qu'une chaloupe, conduite par des Européens, s'approchait de lui pour le retirer de l'eau, il préférait se noyer que de se laisser attraper par le négrier.
Les esclaves épuisés, transportés à bord du vaisseau, rassemblaient toutes leurs forces pour reconquérir leur liberté. Les plus forts et les plus décidés menaient une lutte active: ils fomentaient une révolte, attaquaient l'équipage du négrier, s'emparaient même parfois du navire. Ceux qui n'avaient pas la force ou le courage d'intervenir ouvertement résistaient au marchand d'esclaves passivement, avec opiniâtreté et insistance.
Les conditions spéciales de la traite des Noirs qui vouaient d'avance à l'échec la plupart des révoltes, ont fait surgir des formes particulières et terribles de résistance passive au cours du "voyage". Fous de désespoir, de nombreux esclaves préféraient mourir que de rester captifs. Les matelots de quart pendant le "passage moyen" devaient veiller à ce que les esclaves ne sautent pas par-dessus bord. Souvent, pendant les révoltes, lorsque les Africains voyaient que les négriers étaient les plus forts, ils se jetaient aussi à l'eau.

Une autre forme de résistance passive était le refus de se nourrir, ce qui aboutissait à des épidémies sur le bateau et à une mortalité massive de captif s. Les coups, la torture n'etaient d'aucun secours: les Africains ne voulaient pas être des esclaves. Beaucoup de négriers affirmaient que l'unique cause de ce refus de s'alimenter était la nostalgie.
Cette façon de se laisser mourir était si répandue parmi les Africains qu'en Angleterre, on fabriquait, outre des fers, des colliers, des chaînes et des cadenas destinés aux esclaves, des appareils spéciaux en métal qu'on introduisait dans la bouche des esclaves refusant de manger, car cela permettait de les nourrir de force.

D'autres encore tentaient de lutter ouvertement et les actes les plus désespérés avaient lieu lorsque le navire négrier n'était pas encore très éloigné des côtes africaines. Les captifs pouvaient avoir l'espoir de regagner leur pays d'origine.
Les communications sur les révoltes à bord des négriers deviennent chose courante au XVIIIe siècle, dans les documents coloniaux. Il s'est conservé des papiers relatifs aux nombreux cas où des primes d'assurances furent versées aux propriétaires de navires ayant fait naufrage à la suite d'une révolte des esclaves. Dans les années 30 du XVIIIe siècle, les hommes d'affaires de Bristol se plaignaient de voir leurs revenus baisser dans le secteur de la traite des Noirs. L'une des raisons principales de ce phénomène étaient les révoltes d'esclaves à bord des négriers.

Les défenseurs de la traite des Noirs cherchaient à prouver que les révoltes sur les navires ne se produisaient qu'au voisinage des côtes africaines, qu'ensuite les Africains s'habituaient, soi-disant, à leur état, que tous les troubles durant le voyage à travers l'Atlantique ne s'expliquaient que par le traitement cruel infligé par l'équipage. Ces assertions ne correspondent absolument pas à la vérité. Nous possédons justement le plus grand nombre de renseignements à propos des révoltes qui s'étaient produites durant le "voyage". Les capitaines remettaient habituellement aux armateurs ou à la direction de la compagnie un compte rendu écrit sur les événements pour la durée de la navigation. Les communications concernant les navires disparus étaient enregistrées.

Les rapports des capitaines négriers indiquent que les préparatifs au "voyage" s'effectuaient en tenant compte du fait qu'il pouvait y avoir une révolte d'esclaves n'importe quand. On estimait que le moment le plus dangereux était celui où l'on distribuait la nourriture. Des barricades étaient dressées autour de l'endroit où se faisait la distribution. Des matelots se plaçaient derrière les barricades, avec leurs fusils chargés. Les canons du vaisseau étaient pointés sur les esclaves, les canonniers se tenant près des pièces avec les mèches allumées. Les fers des esclaves-hommes étaient vérifiés chaque jour.
Ces révoltes au cours du "voyage" se distinguaient par une violence particulière étant donné que ni l'équipage du navire ni les esclaves ne pouvaient attendre de secours de nulle part et que les deux parties combattaient pour sauver leur vie. Une fois la révolte matée, les négriers châtiaient les esclaves avec cruauté. Néanmoins, ni les exactions ni les tortures ne pouvaient arrêter les captifs. Il y a eu des cas où les esclaves se révoltèrent à deux reprises sur le même bateau pendant le "voyage".
Il n'est resté quelquefois que de brèves communications à propos de la prise de vaisseaux par les esclaves, sans que l'on sache ce qui s'y était passé.

Si, auparavant, l'arrivée d'un négrier en vue des côtes semait la terreur parmi les Africains: ils comprirent peu à peu qu'une attaque soudaine pouvait réussir. Si c'était un grand navire, bien armé, ils évitaient de l'attaquer, mais lorsqu'il s'agissait de bateaux de petit tonnage, des détachements d'Africains armés non seulement d'arcs et de flèches mais encore d'armes à feu montaient souvent à l'attaque. Cela se passait la plupart du temps au moment où les esclaves se révoltaient à bord, ce qui multipliait les chances de succès. Les Africains n'avaient pas besoin de ces navires et, lorsqu'ils les prenaient, ils les brûlaient ou bien levaient l'ancre de sorte que le bateau partait à la dérive. Ces navires disparaissaient sans laisser de trace.
On pourrait énumérer longuement les cas où des voiliers furent enlevés par les esclaves mais combien d'exemples de résistance sont restés dans l'ombre? Une quantité de navires négriers disparaissaient sans laisser de traces durant le "voyage". Les Africains^ après avoir pris le bateau mais ne sachant pas le gouverner, mouraient de faim et de soif, faisaient naufrage sur des récifs. Des marins ont rapporté qu'ils avaient rencontré des navires à bord desquels l'équipage européen gisait, mort, et les esclaves étaient dans un état de complet épuisement, à moitié vivants. Sur d'autres bateaux, il n'y avait que des cadavres desséchés d'esclaves ou, au contraire, seulement des matelots tués.
Chez de nombreux peuples africains il existe une croyance en vertu de laquelle l'âme d'un homme, après sa mort, où qu'il soit mort, retourne au pays natal.
C'est ainsi qu'un soir où une caravane d'esclaves avait fait halte pour la nuit, David Livingstone entendit chanter.
"Six esclaves chantaient comme s'ils ne sentaient pas le poids ni la honte de leur joug. Je demandai quelle était la cause d'une pareille joie, on m'a répondu qu'ils se réjouissaient à l'idée de revenir après leur mort et d'apparaître comme des fantômes afin de tuer ceux qui les avaient vendus... L'un d'eux chantait: "O, toi, tu m'as envoyé sur la Mante (la côte), mais lorsque je mourrai, le joug tombera, et je reviendrai chez moi pour me présenter à toi et te tuer." Alors tous les autres reprenaient en ch½ur et les paroles du refrain étaient composées des noms de ceux qui les avaient vendus comme esclaves" [208, v. 1, p. 306].
Les marchands d'esclaves disaient souvent que les suicides des Africains, sur les négriers, étaient suscités par la croyance qu'ils reviendraient chez eux après leur mort. C'était très certainement la cause d'un certain nombre de suicides. Or, si à la nostalgie du pays venait se mêler le désir de se venger du marchand d'esclaves, ces hommes pouvaient vraiment se laisser mourir. Mourir pour pouvoir ensuite faire payer ses actes à celui qui les avait vendus!
Les marchands relevaient habituellement une indocilité particulière chez certains peuples et certaines tribus d'Afrique. Ils estimaient qu'il fallait faire preuve de beaucoup de prudence s'il y avait parmi les esclaves des Mina et des Koro-mantins, toujours prêts à s'évader ou à se révolter. D'autres mentionnaient l'audace des Ewe, d'autres encore parlaient de l'impossibilité de briser l'âme fière des esclaves Ashanti ou bien mettaient en garde contre l'insoumission permanente des esclaves achetés dans la région de Kilwa et de Mom-bassa, etc. Les peuples africains, chacun en particulier, stupéfiaient les Européens par leur inacceptation intransigeante de leur état d'esclaves, leur volonté d'être libres, leur audace et leur opiniâtreté dans la lutte.
Il ne serait pas juste de dire que certains peuples luttaient contre les négriers alors que d'autres acceptaient leur état d'esclaves. De même que les Africains de la Côte-de-l'Or, ceux de la Côte des Esclaves luttaient contre l'esclavage, ceux de la Sierra Leone se révoltaient sur les navires, ainsi que ceux exportés du littoral du golfe du Bénin et d'Angola, que les captifs vendus comme esclaves non loin de Tête, de Quelimane et à Zanzibar.
Par conséquent, cette opiniâtre résistance aux négriers prouve que les Africains, comme tous les peuples de la planète quelle que fût leur race, aspiraient à vivre libres. Mais leur désir de liberté s'accommodait de l'acceptation du trafic des esclaves dans son ensemble, et les amenait parfois à le soutenir.

Approches américaines de l'histoire de l'esclavage. 25/11/2006

Désormais, la France consacrera le 10 mai au souvenir de l'esclavage et de la traite. A cette date, en 2001, le Parlement français a reconnu qu'il s'agissait là d'un « crime contre l'humanité », en adoptant définitivement la loi dite Taubira, du nom de la députée de Guyane qui en fit la proposition. Cette commémoration n'aura de sens que si elle permet de réfléchir, loin de toute démagogie, à l'actualité du racisme. La société américaine, principale bénéficiaire de l'esclavage et de la traite, est celle où la recherche et le débat à leur sujet paraissent les plus riches.
Depuis longtemps, la traite des Noirs fait l'objet d'un débat acharné. La bataille morale et politique lancée par ses opposants pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle se poursuit encore : elle s'est greffée sur les luttes et les discours anticoloniaux, puis sur les analyses critiques de la modernité et du postcolonialisme. Le commerce négrier est ainsi devenu un sujet explosif, sur lequel la désinformation n'épargne même pas un public instruit.
Pourtant, aux Etats-Unis, historiens et autres spécialistes ont abouti à un large consensus sur de nombreuses questions, dépeignant solidement la manière dont ce trafic est apparu le long de la côte occidentale de l'Afrique, en est venu à englober l'Europe et les Amériques, et a transformé la société de part et d'autre de l'Atlantique.

L'étude de la traite atlantique, comme celle de l'esclavage, commence par une condamnation profondément ancrée dans ce champ de recherche. Mais, après avoir mis l'accent sur la souffrance des victimes, nous nous sommes concentrés sur l'organisation de la traite et sur les résistances auxquelles elle a fait face.

En 1969, Philip D. Curtin publiait The Atlantic Slave Trade : A Census (« Le commerce atlantique des esclaves : un recensement »), dans lequel, en moins de trois cents pages, il tentait d'estimer le volume humain de ce commerce durant les quatre siècles de son histoire, du XVIe au XIXe siècle. S'appuyant sur des sources publiées, largement disponibles quoique dispersées, il admettait franchement que les résultats de ses recherches étaient loin d'être précis.

Il a pu néanmoins montrer comment les sources d'approvisionnement et les destinations d'achat changèrent, et comment le nombre d'esclaves soumis à la traite augmenta régulièrement pendant les deux premiers siècles et demi de son existence, pour atteindre un pic d'intensité considérable au cours du XVIIIe siècle, avant de décroître au siècle suivant. A l'époque où Curtin a écrit son ouvrage, on estimait que ce trafic avait impliqué entre 15 et 25 millions d'esclaves. Son propre calcul évoquait plutôt de 10 à 12 millions. Des études plus récentes ont permis de revoir ces estimations à la hausse, pour situer ce chiffre entre 12 et 15 millions (1). Mais, pour le reste, rien de substantiel n'a changé par rapport au tableau brossé par Curtin en ce qui concerne les « exportations », les « importations » et les délais.

En revanche, notre interprétation du rapport entre l'économie politique de la traite atlantique et celle de l'Afrique occidentale au cours de la très longue histoire de ce trafic a changé. Les chercheurs ont mis à mal une série de vues simplistes. Au début du XXe siècle, les historiens, projetant leur point de vue colonialiste, avaient tendance à considérer le trafic d'esclaves et l'esclavage comme une entreprise plutôt salutaire, ayant joué un rôle civilisateur dans l'histoire de l'Afrique : la traite aurait éloigné du continent noir des païens primitifs et ignorants pour les placer dans un environnement de nature à leur apprendre les m½urs d'un Occident plus avancé, et chrétien de surcroît. Bref, le trafic d'esclaves s'inscrirait dans une expérience éducative à grande échelle consistant, simultanément, à ouvrir à l'influence civilisatrice de l'Europe une Afrique plongée dans l'ignorance et à exposer les esclaves à l'influence paternaliste de leurs propriétaires euro-américains.

Des voix dissidentes se firent entendre, surtout parmi les historiens noirs. Mais il fallut attendre le lendemain de la seconde guerre mondiale et les mouvements en faveur de la décolonisation et des droits civiques pour qu'une autre vision inverse les idées reçues. Les marchands d'esclaves devinrent des envahisseurs et des colonisateurs arrachant des millions d'Africains à leur terre d'origine pour les jeter dans l'enfer. Le commerce des esclaves et les colons européens furent présentés comme les composantes d'un pillage de l'Afrique destiné à financer l'industrialisation et le progrès économique en Europe et en Amérique du Nord. Ainsi que l'expliquent des chercheurs militants comme Eric Williams, originaire de Trinité-et-Tobago, et le Guyanais Walter Rodney, développement de l'Europe et sous-développement de l'Afrique ont évolué de pair.

Ce point de vue profondément novateur a conservé sa force morale et politique, et trouve toujours des partisans au sein de certains cercles intellectuels et de nombreuses institutions d'enseignement, en partie parce qu'il met en relief les déséquilibres de forces internationaux qui ont rendu possible l'asservissement des Africains. Mais une compréhension différente se dégage de récentes recherches qui complexifient la réécriture de cette histoire.

Nous savons aujourd'hui que les Européens qui naviguèrent le long de la côte occidentale de l'Afrique, à partir de la moitié du XVe siècle, découvrirent un monde qui avait atteint, économiquement et politiquement, un niveau de développement comparable au leur. Les Africains pratiquaient l'exploitation minière, l'industrie, l'agriculture et l'élevage ; ils entretenaient depuis des siècles des relations commerciales avec des pays éloignés, notamment du Nord. A aucun moment dans l'histoire de la traite, l'Afrique n'a dépendu économiquement des marchandises que l'Europe offrait. Les Européens n'avaient tout simplement rien à lui vendre qu'elle ne produisait elle-même – sauf des biens de luxe, tels des objets en fer ou en cuivre, de précieux coquillages alors utilisés comme monnaies d'échange, des bijoux ou encore diverses boissons alcoolisées que les Africains pouvaient désirer.

La traite atlantique se développa dans le cadre de l'expansion des relations commerciales entre Européens et Africains de l'Ouest, et surtout à partir de systèmes d'esclavage et de trafic existant en Afrique depuis longtemps. L'idée, répandue dans le public, selon laquelle l'esclavage a essentiellement été une invention européenne et, sous sa forme raciale, un produit de la modernité est loin de la vérité. Les systèmes d'esclavage à grande échelle remontent à l'Antiquité et apparurent dans une grande partie du monde.

L'utilisation d'esclaves, principalement des prisonniers de guerre, s'est répandue en Afrique bien avant le XVe siècle. Le plus souvent, ils étaient la propriété de marchands ou de fonctionnaires d'Etat, pour qui ils représentaient des investissements privés ou de loyaux serviteurs. Dès le IXe siècle, leur trafic, florissant, se développa entre l'ouest et le nord de l'Afrique, puisant dans les circuits dominés par les musulmans sur le pourtour méditerranéen et au Moyen-Orient. Autrement dit, le commerce atlantique des esclaves fut moins une réalité imposée par l'Europe à l'Afrique qu'une variante distincte, et de plus en plus violente, d'un système déjà en place.

L'existence de longue date d'un trafic intérieur d'esclaves sur le continent noir signifiait non seulement que les Européens pouvaient profiter de pratiques familières aux Africains de l'Ouest, mais aussi, dès le début, que la traite restait en grande partie aux mains des Africains. A de rares exceptions, ces derniers contrôlaient chaque étape du trafic, de la capture et de l'asservissement pendant les guerres internes au transport des esclaves jusqu'à la côte, où ils étaient finalement vendus aux Européens, lesquels auraient préféré exercer un pouvoir direct sur la côte ouest-africaine et maîtriser les sources d'approvisionnement. La force politique et militaire des différents Etats africains, de même que les réseaux économiques qu'ils avaient bâtis, les en empêchèrent.

Les Africains se capturaient et s'asservissaient entre eux, généralement à l'issue de conflits militaires entre Etats sur lesquels les Européens avaient peu d'influence. La plupart des esclaves provenaient du centre-ouest de l'Afrique, où ils étaient capturés lors de guerres de conquête menées par des Etats comme le Congo – les esclaves jouaient notamment un rôle important dans le processus de centralisation étatique. L'acheminement des esclaves de l'intérieur du continent jusqu'à la côte était assuré, sans participation – ou presque – des Européens, par les Africains eux-mêmes, qui les hébergeaient et les vendaient directement aux négriers européens. Les Européens se trouvaient relégués dans une série d'avant-postes, le long de la côte, d'où ils pouvaient mener leurs affaires dans des termes essentiellement définis par les Africains (2).

Quel fut l'impact du développement de la traite atlantique sur les sociétés africaines ? A défaut de réponses claires, une vision nouvelle se dessine. Il y a peu, les historiens estimaient qu'elle avait eu un effet dévastateur sur la population, de même que sur l'organisation sociale et politique. Ils pensaient que ce trafic avait encouragé les guerres en Afrique, que l'emploi d'armes fournies par les Européens avait alourdi les coûts humains et politiques de ces guerres et que la traite avait eu des conséquences démographiques catastrophiques, bien pires que celles que l'Afrique aurait connues si les Européens n'étaient pas intervenus.

Nous n'en sommes plus si sûrs. Les chercheurs semblent abandonner l'idée que la demande européenne en esclaves ait joué un rôle important dans les guerres entre Etats africains, provoquées en grande partie par leur fragmentation politique. L'existence des esclaves découlait principalement des luttes politiques entre Etats, auxquels elle offrait un moyen de consolider et de centraliser leur pouvoir. Bien que les armes européennes aient pu jouer un rôle dans certains cas, rien n'indique qu'elles aient déterminé l'issue. Bref, l'hypothèse que le contact avec les Européens aurait entraîné une escalade des conflits militaires en Afrique, puis obligé les Africains à participer à la traite atlantique dans le cadre d'une dynamique de survie, ne semble pas prouvée. Les armements des Européens furent utilisés lors de certaines guerres entre Etats africains, mais ils n'eurent globalement qu'un impact mineur sur le déroulement et les conséquences de ces conflits.

Quant aux conséquences démographiques à court et à long terme, elles sont difficiles à évaluer. Selon Herbert Klein (3), près de la moitié de la population de l'Afrique subsaharienne, soit quelque 25 millions de personnes, se trouvait dans l'orbite du commerce des esclaves vers 1700. Selon ses chiffres, la population a alors augmenté beaucoup plus lentement ou même connu un déclin absolu. D'après l'estimation la plus optimiste, le taux de croissance serait tombé à 0,2 % – une autre, beaucoup plus pessimiste, évoque une perte nette d'environ 17 millions de personnes. Il est donc clair que l'impact démographique de la traite a été très fort dans certaines régions d'Afrique occidentale, et que la croissance économique africaine en a subi les conséquences, parfois dramatiques.

Le phénomène marqua les deux côtés de l'Atlantique et l'ensemble des Amériques. Le commerce des Noirs donna naissance à un monde entièrement « nouveau » pour les Africains, les Européens et les Amérindiens qui entrèrent en contact dans l'hémisphère occidental, où apparurent des formes nouvelles d'organisation sociale, d'interaction culturelle et d'exercice du pouvoir politique. L'esclavage dans les plantations, orienté principalement vers la production de sucre pour des marchés européens en plein essor, occupait pratiquement le centre de ce monde.

Les plantations de canne à sucre apparurent à l'origine sur le pourtour méditerranéen, avant de gagner Madère, les Canaries et São Tomé, puis de traverser l'Atlantique. Au milieu du XVIe siècle, elles se multiplièrent dans le Brésil portugais, et, un siècle plus tard, avec l'aide des Hollandais, s'emparèrent des Antilles françaises et britanniques. Après une brève période d'expérimentation avec des engagés sous contrat, autochtones et blancs, la main-d'½uvre des plantations se composa partout d'esclaves africains fournis par la traite.

Pour ces esclaves déportés dans les colonies vouées à l'économie sucrière, la vie était « pénible, brutale et brève ». En 1650, il en arrivait plus de 7 000 par an, la majorité au Brésil ; en 1700, le chiffre annuel des arrivées approchait les 25 000, répartis entre les possessions portugaises, britanniques, françaises et espagnoles. L'apogée se situa au milieu du XVIIIe siècle, lorsque de 60 000 à 80 000 esclaves furent déportés chaque année aux Amériques. L'économie sucrière réalisait alors des bénéfices considérables, et les planteurs estimaient moins coûteux de faire travailler leurs esclaves jusqu'à l'épuisement et d'en racheter pour remplacer ceux qui succombaient que d'encourager leur reproduction naturelle. Les années de survie pour ceux qui avaient supporté la traversée de l'Atlantique se comptaient sur les doigts d'une main.

L'Amérique du Nord présente une singularité dans ce processus historique. D'une part, lors de l'émancipation, à l'époque de la guerre de sécession, les Etats-Unis comptaient de loin la population d'esclaves la plus importante ayant jamais existé dans les Amériques : environ 4 millions d'individus, soit plus du double de celle du Brésil à n'importe quelle période de son histoire et environ dix fois celle de Saint-Domingue (actuellement Haïti), colonie où l'économie sucrière était la plus profitable dans le monde, à la veille du grand soulèvement d'esclaves des années 1790. D'autre part, ce sont les Etats-Unis (en tant que colonie puis comme Etat indépendant) qui firent venir le moins d'esclaves : entre 400 000 et 600 000, contre plus de 1,6 million pour les Antilles britanniques, environ 1,7 million pour les Antilles françaises et plus de 4 millions au Brésil.

Cette espérance de vie bien supérieure des esclaves en Amérique du Nord s'expliquait non par un « meilleur » traitement, mais par des cultures généralement moins pénibles et qui rapportaient moins sur le marché international. Des plantations de canne à sucre se développèrent dans la vallée du bas Mississippi, autour de La Nouvelle-Orléans, mais la majorité ne vit le jour qu'après la fin de la traite atlantique. Ailleurs, les esclaves travaillaient dans les champs de tabac ou de blé ainsi que dans les rizières, où la mortalité était généralement inférieure à celle des colonies sucrières. Au milieu du XVIIIe siècle, la population américaine d'esclaves se reproduisait naturellement. Voilà sans doute pourquoi leurs propriétaires acceptèrent l'interdiction de la traite en 1808, après une décennie d'importations frénétiques. L'essor du coton, qui fit des Etats du Sud la première puissance détentrice d'esclaves au monde, ne se produisit qu'après : sa main-d'½uvre dépendit de leur reproduction. Ainsi que d'une autre traite...

L'expansion des plantations de coton jusqu'au Sud profond exigea, en effet, que les esclaves soient transférés en masse de Virginie et de Caroline vers l'Alabama et le Mississippi. Certains migrèrent avec leurs propriétaires ; un million d'entre eux peut-être furent arrachés à leurs proches pour être vendus et transportés, via les marchés aux esclaves de La Nouvelle-Orléans, dans les champs du Sud profond. Par son volume, cette traite négrière entre Etats américains dépassa toutes celles effectuées sur de longues distances au XIXe siècle, à l'exception du trafic d'esclaves africains vers le Brésil.

Les historiens de l'esclavage, même les plus sérieux, avaient jusqu'ici ignoré ou négligé le transfert d'esclaves à l'intérieur des Etats-Unis. Des ouvrages importants évoquent désormais non seulement le nombre d'esclaves impliqués dans ce commerce entre Etats américains, mais également l'expérience complexe de leur déplacement et de leur traite. Cette « traversée »-là représente une nouvelle frontière de la recherche historique américaine.

Si l'autre « traversée », celle de la traite atlantique, demeure aussi une sorte de frontière pour la recherche, c'est notamment en raison des passions qu'elle a engendrées dans l'iconographie de l'esclavage. Les images des navires transportant des captifs entassés dans des conditions inhumaines sont devenues aussi emblématiques que celles du fouet et des chairs en lambeaux. En fait, les abolitionnistes s'attaquèrent d'abord à la traite, espérant que, une fois cette dernière interdite, les esclaves bénéficieraient de conditions matérielles meilleures dans les plantations.

Son abolition ne signifia pas celle de la servitude, qui nécessita bien plus de temps et exigea une intervention politique active de la part des esclaves. Mais les abolitionnistes réussirent à faire en sorte que la Grande-Bretagne, en 1807, comme les Etats-Unis, en 1808, cessent officiellement de prendre part à la traite des Noirs (4). Les Britanniques engagèrent ensuite leur force navale contre les trafiquants qui poursuivaient leur activité esclavagiste vers Cuba et le Brésil – ils ne l'emportèrent qu'au milieu du siècle.

On peut expliquer la force de l'iconographie de la « traversée » atlantique : à une époque où s'affirmaient les Lumières et l'humanitarisme, elle touchait de nouvelles sensibilités culturelles concernant la famille, la sexualité et le corps. La traversée de l'Atlantique arrachait les Africains à leurs réseaux familiaux et communautaires ; elle les jetait les uns sur les autres durant des jours et des semaines ; et elle suscitait une peur et une souffrance si intenses qu'ils furent nombreux à se donner la mort.

L'épreuve était indicible. Ces dernières décennies, nous avons découvert des éléments nouveaux, sinistres, sur la mortalité pendant la traversée de l'Atlantique. Curtin estimait que, en moyenne, sur dix esclaves quittant la côte africaine dans un navire négrier, deux mouraient avant d'atteindre les Amériques. Des recherches plus récentes confirment qu'un taux de mortalité de 20 % était courant aux XVIe et XVIIe siècles. Plus les jours passés en mer étaient nombreux, plus la mortalité s'élevait. Lorsque le point de départ du commerce se déplaça, la durée du trajet et la mortalité diminuèrent La traite brésilienne finit par atteindre le taux le plus bas (environ 6 %) et, à la fin du XVIIIe siècle, le taux moyen de mortalité tomba à moins de 10 %.

Le plus incroyable, c'est que nous ne savons encore presque rien de l'expérience directe vécue par les esclaves et par l'équipage pendant la traversée. Les journaux de bord des navires nous ont renseignés sur la routine quotidienne du voyage, les plans du capitaine et des compagnies qui finançaient le commerce, mais nous possédons très peu d'éléments sur le point de vue des esclaves ou des membres de l'équipage et des personnes qui s'enrôlaient pour les encadrer. Et qu'en était-il des rapports entre les esclaves et les membres de l'équipage, et entre esclaves ? Il n'est pas difficile d'imaginer comment la colère pouvait se mêler à la désorientation, au fatalisme, à la dépression, aux intrigues, aux complots et à des soulèvements occasionnels. L'histoire sociale et culturelle de la traite atlantique en est encore à ses balbutiements.


(1) Cf. David Eltis, Economic Growth and the Ending of the Transatlantic Slave Trade, Oxford University Press, New York, 1987 ; Joseph Miller, Way of Death : Merchant Capitalism and the Angolan Slave Trade, 1730-1830, University of Wisconsin Press, Madison, 1988.

(2) Cf. John Thornton, Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400-1800, Cambridge University Press, New York, 1998.

(3) Herbert S. Klein (sous la dir. de), The Atlantic Slave Trade, Cambridge University Press, New York, 1999.

(4) En France, la Convention avait adopté, le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), un décret abolissant l'esclavage. Cette première abolition fut sans effet réel dans les colonies.

Esclavage et traite : pourquoi les Noirs et non les autres ? 25/11/2006

Le 27 avril de chaque année, la France célèbre l'Abolition de l'esclavage et la traite négrière dans les territoires qu'elle occupait depuis le XVIème siècle. Pour beaucoup d'Africains noirs, l'esclavage et la traite noire restent des souvenirs lointains. Les parents africains n'ont pas transmis à leurs progénitures cette histoire qui a laissé l'Afrique noire à la queue des civilisations. A l'école, on parle très peu de l'esclavage et de la traite négrière. Les manuels ou ouvrages écrits par certains auteurs occidentaux cachent beaucoup de vérités. Cependant, il faut féliciter des auteurs africains-américains tels que Alex Haley ou John Hope Franklin qui ont essayé d'éclairer les Noirs du monde entier sur leur histoire. Il faut aussi signaler les écrits d'auteurs européens tels que le Français Gaston Martin, P. Rinchon et autres qui ont pris le courage d'écrire l'histoire tragique des Noirs africains. Sans tomber dans les sentiments, il y a lieu de se poser la question de savoir pourquoi les Noirs, et non les autres races, ont été vendus comme des marchandises. Pour répondre à toute question, il convient d'analyser les conditions dans lesquelles les Noirs africains ont été vendus comme des marchandises et les raisons qui ont conduit à l'abolition de la traite négrière afin de tirer certaines leçons d'histoire qui peuvent nous aider à sortir les Noirs de cette amnésie.

AU COMMENCEMENT DE LA TRAITE DES NOIRS

L'esclavage n'est pas l'apanage des Africains. Ce phénomène se retrouvait dans plusieurs civilisations à travers le monde. En Afrique noire, l'esclavage existait dans les empires et les royaumes. Ce phénomène prendra de l'ampleur avec l'envahissement de l'Afrique par les musulmans. Les femmes venaient peupler les harems les hommes étaient employés à des lâches militaires et servile. Les musulmans capturaient ou achetaient les Noirs auprès des princes africains noirs .qui étaient convertis à l'islam et les expédiaient en Arabie, en Perse. Cependant, à la suite des forces libérées par la Renaissance et la révolution commerciale en Europe, l'esclavage va céder à la traite des Noirs. En effet, la renaissance a apporté à l'homme occidental une nouvelle liberté: relie de poursuivre des fins les plus favorables à l'épanouissement de son âme et de son corps. En même temps qu'apparaissait cette nouvelle notion de la liberté, la vie économique de l'Europe entrait dans une époque de renouveau grâce à la révolution commerciale. L'écroulement de la féodalité, la croissance des villes, l'intérêt accru pour le négoce et la prise de conscience de la force et du pouvoir du capital, tous éléments essentiels de la révolution commerciale, firent naître une forme de compétition caractérisée par l'exploitation implacable de tout ce qui pouvait apparaître comme des biens économiques. L'émergence en Europe occidentale de nations puissantes fournit des instruments politiques propres à canaliser et à orienter ces nouvelles forces, souligne l'historien africain-américain, John Hope Franklin.

Il faut aussi signaler que, durant la période de domination musulmane, un certain nombre de Nom d'Afrique vendus arrivèrent sur les marchés d'Europe occidentale. Mais c'est vers la fin du XIVème siècle que les Européens commencèrent à importer eux-mêmes des esclaves. Ainsi, ils établirent des contacts avec les indigènes et étudièrent la possibilité de nouer avec eux des relations commerciales. Ils ramenèrent en Europe des Africains dont ils firent des serviteurs avec bonne conscience, convaincus qu'ils essuyaient de leur offrir ainsi la possibilité de renoncer au paganisme d'embrasser la religion chrétienne. Cette bonne volonté sera, battue en brèche par le développement de la compétition internationale. Il ne fallait pas s'attendre que ces activités restent confinées à l'Europe. La recherche de nouvelles marchandises fut pour les Européens l'occasion attendue d'utiliser les esclaves noirs. S'il y avait un endroit où l'esclavage et le commerce des esclaves pouvaient elfe rentables, c'était l'Amérique avec ses immenses ressources naturel les et ses étendues vierges. Pour exploiter les richesses de l'Amérique, les colons anglais utilisèrent d'abord la population indienne. Le faible degré de résistance des Indiens aux maladies dont les Européens étaient porteurs ainsi que la simplicité du milieu économique dont ils étaient issus ne les prépa- raient guère à la discipline de la plantation. Ensuite, les colons anglais firent appel aux ouvriers blancs et le résultat n'était pas satisfaisant du fait que ces ouvriers posaient beaucoup de problèmes. Les Anglais commencèrent à se demander pourquoi se donner tant de mal avec les Blancs alors que les Noirs posaient beaucoup moins de problèmes. En raison de leur couleur, il était enfantin de remettre la main sur les évadés. De plus, on pouvait tout simplement les acheter, et cela évitait les fluctuations constantes de main-d'½uvre au sein de l'exploitation.

Les Européens mirent en place un commerce triangulaire qui comporte trois étapes Première étape: d'Europe en Afrique. Les négriers vont chercher les esclaves noirs sur la côte occidentale de l'Afrique, entre Gorée et le Mozambique. Les esclaves y sont échangés contre des produits européens vendus aux chefs de tribus.

Deuxième étape: d'Afrique en Amérique. Les esclaves sont transportés par bateaux et vendus dans l'archipel antillais. Au Brésil et dans le sud des treize colonies qui forment la côte est des Etats-Unis actuels. Quelques-uns arrivent dans l'empire continental espagnol: Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela. Troisième étape: d'Amérique en Europe.

Ayant vendu leurs esclaves, les négriers retournent en Europe les cales pleines de produits tropicaux...

LA TRAITE EN AFRIQUE CENTRALE

La traite en Afrique centrale a touché le Congo-Brazza, l'Angola, le Congo-Kinshasa et la Zambie. Les négriers utilisaient des comptoirs à la côte occidentale et orientale de l'Afrique. A la côte de l'océan Atlantique, ce sont des Européens qui étaient les principaux acheteurs des esclaves. Ils avaient des comptoirs le long de la côte et utilisaient les chefs africains pour capturer ou vendre leurs propres sujets. Il existait trois voies distinctes par lesquelles les esclaves étaient acheminés vers les côtes, souligne l'historien congolais Isidore Ndaywel. Il s'agit des voies septentrionale centrale et méridionale. La voie septentrionale menant à Luanda (Angola) était fréquentée par le négriers Teke et Yaka. Les esclaves étaient achetés sur le marché de Pumbu. La voie centrale était au sein même du Royaume d'Angola. Ce commerce était mené par des anciens vassaux du royaume d'Angola devenus indépendants La voie méridionale, qui était 1a plus importante, était utilisée par les négriers qui opéraient à Kasanji et Musumba dans l'actuelle province du Katanga et au Kasaï. Ceci a été l'½uvre des Batshokwe. Tous ces esclaves acheminés vers la côte occidentale de l'Afrique ont été vendus au Brésil. Jusqu'aujourd'hui, on retrouve des traces culturelles congolaise et angolaise au Brésil.

Quant à la traite à la côte orientale de l'Afrique, il convient de signaler que ce commerce s'est développé au moment où l'on décrétait, au XIXème siècle, l'abolition de la traite Atlantique. Il s'es installé des comptoirs sur les côtes: d'Afrique orientale et à Zanzibar. Ce sont les Arabes qui étaient des acheteurs mais aussi les Européens. Pour arriver à capturer les esclaves les Arabes utilisaient les chefs indigènes ou des collabos. Parmi les collabos, on peut citer Tippo Tip Ngongo Lutete, Lupumgu, etc.

ABOLITION DE LA TRAITE

Le mouvement de l'abolition de l'esclavage a commencé en Grande-Bretagne. La montée de l'abolitionnisme dans la possession britannique découla de progrès de la pensée humanitariste au milieu du XVIIIème. En fait, sur le plan moral, l'esclavage était une institution honteuse qu'il fallait supprimer en Angleterre. Ici, il faut aussi signaler que les raisons d'interdire le commerce des êtres humain: n'étaient pas seulement morales. La révolution industrielle qui a el naissance en Grande-Bretagne créèrent d'autres besoins dont ceux des matières premières pour le fonctionnement des usines. Les machines commençaient à remplacer les hommes dans les plantations. Ce mouvement pour l'abolition aura une grande influence à travers l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. C'est ainsi que la traite négrière fut supprimée en Angleterre en 1833 en France en 1848, aux Usa en 1865 et en 1888 au Brésil.

LEÇON A TIRER

Henri Stell Commager écrivait qu'un peuple sans histoire, ou ignorant de son histoire, est comme un homme sans souvenir - condamné pour toujours à refaire les découvertes déjà faites dans le passé, à réinventer les mêmes techniques, à lutter avec les mêmes problèmes, à commettre les mêmes erreurs; et privé, aussi, de magnifiques joies du souvenir». Il faut à tout prix que les Africains enseignent aux enfants l'histoire de l'esclavage et de la traite. Cela pour empêcher que l'histoire se répète sous d'autres formes.

La traite par l'Atlantique (1). 25/11/2006

"...Nous le savons maintenant, traite des noirs ne rime pas seulement avec la traite européenne et atlantique. Celle-ci modifie cependant considérablement les choses. Plus courte, sans doute intensive, de loin beaucoup mieux renseigné que les autres traites négrières, elle focalise les recherches, les affrontements, et est à l'origine de la plus part des images que l'on se fait du trafic négrier. Sa naissance, comme sont essor, au XVIIIe siècle, s'explique par les mutations d'un monde devenu soudainement plus gigantesque, grâce aux grandes découvertes. On pourrait la définir comme la réactivation et le développement, sur une grande échelle, d'une forme d'esclavage à des fins essentiellement productives, dans le cadre d'un début de mondialisation de l'économie parallèle à l'essor de la civilisation matérielle occidentale..."

"...Le premiers Européens à faire trafic d'esclave appartient à un peuple qui, le premier de tous en Occident, abolit chez lui le servage... Duguesclin, Jean de Béthencourt il soumet les indigènes berbérophones, que l'on nomme Guanches et dont la race est aujourd'hui totalement éteinte. Les Guanches seront donc les premiers esclaves africains déporté hors de leurs continents .Mais le geste de Béthencourt n'instaure pas un commerce régulier. L'année 1402 ne marque ni le début de la traite ni la naissance d'une tradition esclavagiste..."
" ...Les premières manifestations atlantiques de la traite n'ont pas lieu vers les rives américaines, pour la raison évidente que les amériques ne sont ni découvertes ni exploitées avant la fin du XVe et le début du XVIe siècles. C'est, par la mer, d'Afrique en Europe, d'Afrique en Afrique, puis vers les îles relativement proche de l'ouest africain. Dans les années 1503-1510, de faibles contingents de déportés du côté américain de l'Atlantique y forme les premiers éléments d'un peuplement noir. Pendant un siècle environ, les portugais exercent sur la côte d'afrique un monopole plusieurs fois confirmé par l'autorité pontificale, mais de plus en plus contesté : les nations européennes manifestent et leur refus et leur présence..."
Pourquoi la main-d'oeuvre africaine ?
" ...Le fait qu'en amérique la mise en valeur s'effectue par le biais du travail forcé peut s'expliquer, à une époque où les techniques sont encores rudimentaires et la disproportion grande entre les nombre des hommes et l'étendue des territoires concernés, par la théorie des richesses naturelles ouvertes de H.Nieboer . Mais remarquent H.Germey et J. Hogendorn, celle-ci ne peut rendre du choix entre les deux types de travail ayant initialement coexisté en Amérique. Pour eux, le déclin du système des engagés blancs et l'essor de la traite ne peuvent se comprendre sans l'existance d'une "source élastique de main-d'oeuvre forcée". Le côut du voyage, le mercantilisme (peu compatible avec de trop importants flux migratoires vers l'exterieur), le fait que les Européens répugnaient à être mis en concurrence avec les esclaves noirs ... auraient conduit à une moindre élasticité de la main-d'oeuvre blanche.
On ne pouvait augmenter durablement sont importance que moyennant finances (soit par l'augmentation des salaires, soit par la réduction du nombre des années de travail prévues par contrat). Les premiers stade de la mise en valeur passés, l'ont vit décliner les cultures diversifiés ainsi que le tabac. L'essor du sucre,et, sur une grande échelle, celui de plus en plus massifs de travailleurs. Les colons auraient alors opté pour l'esclavage ( du fait du calcul assez sommaire à nos yeux mais parfaitement rationnel), considérant que la durée d'amortissement d'un captif est courte ( à la Barbade, en 1645, son prix d'achat est remboursé en un an et demi par le produit de son travail), qu'il représente un capital toujours disponible, peut être à l'origine de profits non monétaire, et , de ce fait, ajoute au prestige de son propriétaire. La théorie repose sur un postulat parfois discuté, celui de l'existance en afrique d'une importante et disponible source de main-d'oeuvre servile n'attendant que des incitations exterieures pour être mise sur le marché..."
"...Leur travail coûte en effet moins cher que celui d'un blanc libre. C'est la naissance d'un nouveau type d'esclavage et le début de la traite des noirs et la fortune des négriers.Ainsi commença l'un des plus importants déplacements de population de l'histoire de l'humanité : la déportation de quelque douze à quinze millions d'hommes et de femmes.
Au XVIe siècle, les Espagnols et les Portugais, grâce à leurs voyages de découvertes, ont acquis un véritable empire colonial. Puis se sera la Hollande, la Grande-Bretagne, la France... Toutes ces puissances coloniales pratiquent une politique appelé mercantilisme : importer le minimum de matières premières, exporter le maximum de produits fabriqués. Les colonies fournissent à la métropole ce qu'elle ne peut pas produire elle-même...Les plantes qu'on ne peut pas cultiver sous le climat tempéré européen, poussent très bien sur le climat tropical américain : canne à sucre, café, cacao, coton, riz, tabac, indigo. Et ce climat, les Noirs le suportent mieux que les blancs..."
- Une dizaine de milliers d'esclaves en provenance du Sénégal, de Mauritanie et du golf de Guinée arrivent sur les plantations de canne à sucre des Canaries espagnoles, de Madère et des Açores.
- Plus de 75 000 Noirs des côtes africaines arrivent aux îles portugaises du golf de Guinée en un siècle.
- 300 000 esclaves venant d'afrique sont " livrés " en amérique au début du XVIIe siècle mais ils coûtent encore cher et la traversée de l'atlantique reste un exploit. En un siècle, tout va changer.
- Plus de 6,5 millions d'esclaves sont exportés en amérique au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, les Européens se prennent de passion pour le " petit déjeuner à la parisienne"... le café au lait sucré. Il faut du café. Il faut du sucre. Il faut donc de plus en plus d'esclaves.

Le commerce triangulaire

"... Sur les eaux de l'Atlantique, un gigantesque trafic se dessine : c'est le fameux commerce triangulaire qui comporte trois étapes.



Première étape : d'Europe en Afrique. Les négriers vont chercher les esclaves noirs sur la côte occidentale de l'Afrique, entre Gorée (une petite île en face de Dakar) et le Mozambique. Les esclaves y sont échangés contre des produits européens vendus aux chefs de tribus : laine, coton, rhum, eau-de-vie, barres de fer, barils de poudre, fusils et perles de verre.

Deuxième étape : d'Afrique en Amérique. Les esclaves sont transportés par bateaux et vendus dans l'archipel antillais, au Brésil et dans le sud des "treize colonies" qui forment la côte est des Etats-Unis actuels. Quelques-uns arrivent dans l'empire continental espagnol : Mexique, Pérou, Colombie, Vénézuela.

Troisième étape : d'Amérique en Europe. Ayant vendu "leurs" esclaves, les négriers retournent en Europe les cales pleines de produits tropicaux..."




"... Ainsi le bénéfice est triple : en Afrique, en Amérique et en Europe. On échange en Afrique les cargaisons de "bois d'ébène" (nom pudique donné aux esclaves par allusion à la couleur noire de ce bois) contre les marchandises apportées d'Europe : cuivre, quincaillerie, verroterie, armes, poudre, et surtout un grand nombre d'étoffes spécialement fabriquées pour le marché africain. S'y ajoutent des quantités importantes d'eau-de-vie, coupée de plus de moitié d'eau. On complète parfois la cargaison d'esclaves par quelques produits locaux : gomme, ivoire, bois précieux. Pour ces trocs, la monnaie d'échange est le cauris, un coquillage des îles Maldives de l'océan Indien qui sert de monnaie en Afrique depuis l'Antiquité..."
"...Les marins professionnels qui entouraient Christophe Colomb à son premier voyage de découverte suaient d'angoisse après trois semaines de navigation sans avoir vu la terre. De cela, nous sommes parfaitement sûr. Qu'en peut-il être de ces nègres, des terriens ? Que vivent-ils, par dizaines ou centaines, dans les volumes clos de navires roulant et tanguant sous la chaleur des latitudes équatoriales et tropicales, soumis, un mois, deux mois, quelquefois trois mois, aux interminables ? Littérature du pathos ? Ils sont faciles à surveiller lorsqu'ils sont peu nombreux. Ils prennent l'air tous les jours, quelques heures, dans l'intérêt de l'armement. L'équipage en profite pour "parfumer" leur faux-pont, entendons le désinfecter aux vapeurs de vinaigre.
Nombreux dans les cales, on les mène à respirer par roulements d'autant plus courts qu'ils sont en nombre, et on les reconduit à leurs déjections, vomissures, relents de "flux" intestinaux, blanc ou rouge, senteurs d'épidémie ou de fièvres putrides épicées de goudron. On reconnaissait de loin, dit-on, un navire négrier à son odeur. Ces Noirs terriens coexistent avec la mort, même si stratégiquement ils meurent moins que les équipages blancs.
Des cargaisons se révoltent ? Matée, l'action est suivie d'un sermon moral, et souvent douloureusement physique, avant de s'achever par la pendaison à quelque vergue, et l'équipage s'exerce au mousquet sur les cadavres des meneurs.


Réussie, près de la terre, cela se traduit par la fuite en pirogue ou en canot vers le rivage, avec toute chance d'être rattrapé, et revendu ; réussie en mer, cela explique peut-être les pertes de navires dont on reste "sans nouvelle", ceux qui n'arrivent jamais nulle part : les Africains massacrant l'équipage n'ont plus à leur disposition les techniciens de la navigation hauturière dont ils sont eux-mêmes incapables. Parfois, des accouchements : combien vit le nouveau-né ? Combien meurent de ces enfants "à la mamelle" vendus avec leur mère à la côte ? Soyons clair : de nombreux passages par l'Atlantique ont atteint au paroxysme de la terreur et de l'horreur, au point de donner à considérer comme vivable ce qui sera le sort futur et commun des esclaves.


Les instructions des armateurs négriers à leurs capitaines définissent une théorie générale de la meilleure préservation possible de la cargaison humaine, dans l'intérêt économique de l'armement. En somme, cela cherche à se donner le plus grand nombre de chances possibles à la loterie. Sous l'ère négrière, environ huit millions de déportés en furent l'enjeu. Bien que l'on ne puisse poser que des ordres de grandeur, la valeur des Noirs vendus aux Amériques représenterait une somme autour de 300 millions de livres sterling, ou sept milliards et demi de livres-tournois. De surcroît, la préparation de cette formidable opération économique donnait de l'emploi à beaucoup de monde, en Europe et en Afrique. Dès lors, pourquoi la faire cesser, et comment ?..."
"...Lors d'une véritable "foire aux esclaves", chaque Noir est examiné, scruté, mesuré, pesé, palpé...
Réunis par lots de trois ou quatre, les esclaves, hommes et femmes, sont nus. L'acheteur blanc examine avec soin la bouche, les yeux de chaque esclave.Un esclave en mauvais état vaut moins cher: il y a une réduction pour une taie à l'oeil et pour chaque dent qui manque. On fait courir les esclaves, on les fait sauter, parler, bouger bras et jambes. Tel un maquignon, le capitaine tente de dépister les imperfections, les symptômes d'affection comme ulcère, gale, scorbut, vers. Si l'esclave ne présente aucune malformation, aucune trace de maladie, s'il n'est ni trop vieux, ni trop jeune il est désigné pour le redoutable voyage vers l'Amérique.
Alors commence avec le marchand d'esclaves la fameuse discussion sur les prix qui peut être longue. Les rois noirs imposent progressivement des normes plus élevées en quantité comme en qualité des produits d'échange. C'est ainsi qu'en 1772 les négociants nantais se plaignent que les esclaves leur reviennent le double de ce qu'ils valaient dix-sept ans plus tôt.
Enfin, quand l'affaire est faite, le lot des esclaves, poignets serrés par des chaînettes, est embarqué à l'aube dans des canots. Ils arrivent bientôt contre la coque du navire. On ôte leurs liens pour qu'il puissent grimper à l'échelle qui tombe jusqu'a la crête des vagues. Les hommes sont dirigés vers la partie avant du bateau. Les plus forts d'entre eux sont enchaînés deux à deux, par la cheville. Les femmes et les enfants sont entassés à l'arrière..."
"...En cas de mauvais temps, la vie devient atroce. La quasi-obscurité, l'eau qui s'engouffre, les bailles à déjection qui se renversent, affaiblissent et terrorisent des Africains qui, ne connaissant rien de la haute mer et des motifs de leur déportation, croient qu'ils sont destinés à être dévorés par les Blancs. La durée de la traversée, l'état sanitaire des captifs au moment de leur embarquement, leur région d'origine, les révoltes, quelques naufrages, surtout (pour Klein et Engermann) l'eau et la nourriture insuffisantes, l'hygiène et les épidémies (dysenterie mais aussi variole, rougeole...) - aggravées par la promiscuité - sont les autres facteurs d'une mortalité qui n'a pas besoin d'être exagérée pour témoigner des souffrances endurées. C. Coquery-Vidrovitch (1985) l'estime autour de 13 % pour l'ensemble de la traite atlantique. Moyenne générale qui masque une très grande irrégularité de fait. Alors que la majeure partie des expéditions, quelle que soit l'époque ou la nation négrière, connaissent des taux de mortalité le plus souvent compris entre 10 et 20 %, certaines atteignent 40, voire 100 % (H. Klein). Dès lors, on peut penser que c'est la réduction de ces expéditions marginales, excessivement meurtrières, qui serait à l'origine de la diminution de la mortalité moyenne au cours du XVIIIè siècle. R. Anstey estime qu'elle se situe autour de 10 % vers 1750. C'est le cas de la traite hollandaise, dont la mortalité passe 16,1 % à 10,1 % (ici, un tiers des décès ont lieu au cours des dix premiers jours).
Le capitaine ayant tout intérêt à conserver intacte sa cargaison humaine, la mortalité parmi les captifs serait inférieure à celle que connurent de nombreux européens, entassés au siècle dernier, lors de la ruée vers l'or, sur les navires en partance vers les Etats-Unis. Elle est effectivement moins importante que celle touchant les équipages négriers (17,8 % pour 1 190 expéditions françaises bien renseignées au XVIIIè), composés en partie des rebuts des populations maritimes. Mais la "densité" de la mortalité noire, lors des quelques semaines de la traversée de l'Atlantique est bien supérieure à celle des marins, calculée, elle, sur l'ensemble d'une campagne dont la durée dépasse l'année (même si l'essentiel des décès correspond souvent à la période de stationnement en Afrique). En fait, la mortalité noire, sur un négrier du XVIIIè siècle, correspond en gros à la mortalité de crise des populations européennes sédentaires de la même époque. A cela s'ajoutent les pertes lors de la vente des captifs aux Amériques et, surtout, celles de la première année de leur mise au travail forcé. On ne le dira jamais assez, c'est la mortalité du système d'exploitation esclavagiste qui nourrit la traite..."

La traite par l'Atlantique (2). 25/11/2006

"...Les esclaves arrivent en longues files, tel du bétail humain, le cou emprisonné dans des sortes de fourches en bois. Ils sont conduits par un courtier noir ou un marchand arabe. Le marchand est en tête. Il a chargé sur son épaule le manche de fourche du premier captif. Chaque esclave porte de même sur l'épaule le manche de la fourche de celui qui suit. Si le marchand veut arrêter la chaîne, il laisse tomber la pièce de bois qui repose sur son épaule. Le premier captif est obligé de s'arrêter, et tous les autres avec lui.
D'où viennent-ils, ces hommes et ces femmes à l'air hagard, promis à un si terrible sort ? La première source, c'est la guerre. Ou plutôt les razzias. Une tribu en attaque une autre, s'abaat à l'improviste sur des villages endormis. Qui n'a pas été tué est emmené, encadré de guerriers l'arme au poing : les captifs sont amenés à la côte pour être vendus..."
"...Enchaînées mais sans entraves de pied, elles sont conduites à la côte, chargées du matériel des marchands. Un voyage de cauchemar, prélude à la traversée vers l'Amérique, que relate lord Palmerson dans ses récits de la traite : "les prisonniers étant faits, on procède au choix. Les individus robustes des deux sexes et les enfants à partir de six ou sept ans sont mis de côté pour former la caravane qui doit se diriger vers la côte.
On se débarrasse des enfants en dessous de six ans en les massacrants ; vieillards et infirmes sont abandonnés, condamnés à mourir de faim. Les prisonniers, hommes, femmes et enfants sont mis en route dès que possible, traversant les sables brûlants et les défilés rocailleux des monts africains, presque nus et sans rien pour protéger les pieds. On stimule les faibles à coups de fouet : on s'assure des plus forts en les attachant ensemble avec des chaînes ou en leur mettant un joug..."
"...Si les Britanniques cherchent à devenir les rois de la traite des noirs, les Français ne cessent de les talonner, pour essayer de leur ravir cette très immorale mais fort lucrative couronne. Pourtant, ils sont arrivés les derniers dans la course au bois d'ébène. Par principe ? Peut-être, si l'on songe qu'un arrêt du Parlement de Bordeaux proclame en 1571 que "la France, mère de la liberté, ne permet aucun esclave..."

DEBARQUEMENT

"...Avant d'accoster sur le sol américain, le navire est mis en quarantaine : pendant quarante jours, personne n'a le droit de débarquer avant qu'on ait vérifié qu'il n'y ait aucune épidémie à bord. Passé la quarantaine, le capitaine soigne sa "marchandise". Cette opération s'appelle le blanchissement ; le chirurgien du navire en détient les secrets..."
L'arrivée des esclaves est un grand moment dans la vie de la colonie.
On expose les esclaves par lots appelés "pièces d'Indes", en les faisant monter sur le pont les uns après les autres afin de ne pas avoir d'invendus. Les esclaves malades sont quand même achetés, mais moins cher, par les petits planteurs, les pauvres blancs", qui considèrent avoir fait une bonne affaire quand il guérrissent.
Le Noir mis en vente doit monter sur une table ou un tonneau pour être visible du plus grand nombre. Il est examiné par les acheteurs qui lui font prendre différentes attitudes et remuer bras et jambes afin de juger de sa force et sa santé.
Le prix de l'esclave est débattu entre le capitaine et les planteurs. Il dépend de l'âge (un esclave est vieux à 35-40 ans), de l'état de santé, de la force physique, de l'aspect général. Il dépend aussi des fluctuations du marché, c'est-à-dire de la rareté ou de l'abondance des esclaves à ce moment. Parfois, ils sont mis en loterie..."

CONDITIONS DES ESCLAVES AUX ANTILLES

"...Le père jésuite Charlevoix, missionnaire, écrit dans son Histoire de Saint-Domingue (1730-1731) : "Rien n'est plus misérable que la condition de ce peuple. Quelques racines font toute sa nourriture ; ses maisons ressemblent à des tanières. Ses meubles consistent en quelques calebasses. Son travail est presque continuel. Nul salaire ; vingt coups de fouet pour la moindre faute".
Le travail dans les plantations est épuisant et la mortalité atteint un taux effrayant. Le tiers des Nègres de Guinée meurent d'ordinaire dans les trois premières années de la transplantation, et la vie laborieuse d'un Nègre, même bien fait au pays, ne peut être évaluée à plus de quinze ans. Le repos dominical, prescrit par le Code noir, est en effet mal observé. La moindre faute est châtiée impitoyablement et la fuite devient un crime. Le Code noir a minutieusement prévu les supplices : "le fugitif - celui que les auteurs du temps nomment "le Nègre marron" - doit avoir les oreilles coupées et être marqué à l'épaule ; la seconde fois, il aura le jarret coupé et sera marqué à l'autre épaule, et la troisième fois il sera condamné à la peine de mort."
Parfois, pris d'une incoercible nostalgie du pays natal, un Noir se suicide. Les planteurs n'aiment pas ce geste dont la répétition dégénère souvent en épidémie et risque de les ruiner. Alors il faut enrayer ce goût de la mort en faisant appel aux divinités ancestrales. Les Noirs croient que l'esprit est vivant et libre quand le corps est mort. Ainsi "un Nègre Ibo imagina de se pendre pour retourner dans son pays, mais on mit sa tête sur un piquet et ses compatriotes assurèrent qu'il n'oserait jamais se montrer sans tête dans leur patrie..."

ABOLITION

"...Décidée par l'Occident, imposée à l'Afrique, l'abolition de la traite est diversement interprétée. Deux thérories opposées tentent de l'expliquer, mettant en avant des considérations soit morales et humanitaires, soit économiques. En fait c'est en fonction de leur originalité et de leurs intérêts du moment que les différentes nations occidentales concernées adhérent peu à peu au mouvement. D'où une abolition lente, complexe, parfois inégale, marquée de brusques accélérations et de coups de théâtre. S'effectuant dans un contexte changeant( indépendances sud-américaines, mutations du système économique et colonial, évolution des moeurs, mise en place d'un nouvel ordre politique planétaire), elle est à bien des égards symptomatique des mutations du XIXè siècle..."

LE COMBAT ABOLITIONNISTE
"...Pour nombre d'Européens, l'Afrique est alors un continent inconnu et l'Africain un personnage discrédité, au mieux un exotique "bon sauvage", au pire un esclave "naturel", proche de l'animalité. Afin de montrer combien la traite est infâme, les abolitionnistes doivent donc convaincre leurs contemporains de l'humanité du Noir. D'où un slogan, inventé par les Anglais, comme presque tout l'argumentaire abolitionniste : Am I not a man and a brother ? L'inscription orne au départ un camée, dessiné par W. Hack Wood, où l'on voit un africain agenouillé et enchaîné. Elle est bientôt largement diffusée sur des bijoux portés en bracelets ou montés en épingles à cheveux. La société française des amis des Noirs en emprunte le dessin afin de faire graver son sceau. En 1788, pour édifier les incrédules, Clarkson enquête à Liverpool. Il en ramène le plan d'un navire négrier, le Brooks. Pour la première fois on y a figuré les captifs, donnant ainsi une idée de leur entassement..."
"...Aboli par la Grande-Bretagne en 1833 et par la France en 1848, l'esclavage persiste dans les colonies néerlandaises jusqu'en 1860. L'Espagne ne l'abandonne à Porto Rico qu'en 1872. Il ne disparaît à Cuba et au Brésil qu'en 1885 et 1888. Le décalage chronologique avec l'abolition de la traite étant flagrant, le trafic ne peut que continuer, alimentant des sites en pleine activité, notamment Cuba dont l'essor est prodigieux depuis la fin du XVIIIè siècle. Au Brésil, où la traite nourrit une économique souterraine à l'échelle internationale, il faut entendre l'intervention de la Royal navy (1849) coulant les négriers dans leurs rades de Bahia et Rio..."
"...On voudrait applaudir sans réserve au mouvement antiesclavagiste qui va naître. Hélas ! Lorsqu'on se reporte aux textes et aux faits, on ne peut se défendre d'un malaise. Car, si quelques Européens finissent par agir, c'est par haine de leurs adversaires idéologiques personnels bien plus que par amour des Noirs. La réclamation contre l'esclavage n'est souvent qu'un prétexte pour vider des querelles métropolitaines, d'ordre politique en France ou de nature religieuse en Angleterre.
Les premiers à protester resteront anonymes. Dès 1720 paraît ainsi une brochure où l'auteur, avec la hardiesse que donne la clandestinité, n'hésite pas à affimer : "Rien n'est plus incompatible avec le christianisme que le commerce des Nègres". Cette affirmation provoque un beau tollé chez ces messieurs de la "Compagnie des Indes", dont aucun ne veut oublier la parole du grand Bossuet, défenseur des pauvres en France, comme disciple de Monsieur Vincent, mais resté scolastique à propos de l'esclavage, qu'il n'a jamais vu, de ses yeux vu : "Abolir l'esclavage serait condamner le Saint-Esprit, qui ordonne aux esclaves, par la bouche même Saint-Pierre, de demeurer en leur état et n'oblige pas les maîtres à les affranchir..."

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